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Association des informaticiens de langue française |
http://http://www.ailf.asso.frsecretaire@ailf.asso.fr |
19, rue Bergère F-75009 Paris |
Colloque organisé dans le cadre de la 10e semaine de la langue française et de la francophonieAvec le soutien de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, du Ministère délégué à la recherche, de l’AUF et de l’Union latine |
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La langue française dans l'aventure informatique
Ordinateur, informatique, logiciel, télématique, GSM... : histoire(s) de quelques mots des TIC
Perte de domaine : indicateurs et enjeux
Approches de la terminologie normalisée de la Formation Ouverte A Distance (FOAD)
Normalisation en FOAD : des opportunités de contribution pour les pays du Sud
Publication répartie et responsabilité éditoriale.
LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE BERBERE
Contexte et choix technologiques
Le berbère : mise en application d'un jeu de caractères dans la norme ISO/CEI 10646
Produire une version française d'un logiciel étranger
8h30 Accueil des participants
9h00 Mot de bienvenue : Jean-Michel Borde (Président de l'AILF)
9h05 « Lexi Praxi dans la semaine de la langue française » : Xavier North (Délégué Général à la langue française, DGLFLF)
9h15 « Les Technologies de la Langue pour une Europe multilingue » : Joseph Mariani (Directeur, Département Technologies de l'Information et de la Communication, Ministère Délégué à la Recherche).
Session I : Faire vivre une langue pour maîtriser un domaine scientifique et technique
Modérateur : Danielle Candel (CNRS)
9h40 - 10h10 - Jean-Alain Hernandez (GET - Direction
scientifique) : « Ordinateur, informatique, logiciel, mais aussi
télématique et GSM : histoires de quelques mots des TIC »
10h10 - 10h50 - Henrik Nilsson (TNC - Centre Suédois de Terminologie) : « Perte de domaine, perte de fonctionnalité : indicateurs et enjeux »
PAUSE de 10h50 à 11h20
11h 20 – 12 h 45 Table ronde « Aménager la langue, de la recherche à l'industrie »
Animateur : Stéphane Chaudiron (Ministère de la Recherche)
Participants : Teresa Cabre (Université Pompeu Fabra - Barcelone), Isabel Desmet (Université Paris 8), Bénédicte Madinier (DGLFLF), Alexis-Moussine-Pouchkine (Sun-France), Henrik Nilsson (TNC - Suède), Laurent Romary (INRIA).
PAUSE buffet de 13h00 à 14h00
Session II Sauvegarder un espace francophone dans la Formation ouverte à distance
Modérateur Didier Oillo (AUF)
14h - 14h20 - Henri Hudrisier (Université Paris 8) : « Initiatives universitaires francophones dans la Formation ouverte à distance »
14h20 – 14h40 - Boudhir Bechir (Université Paris 8) - Joseph Thientcheu (MSH Paris Nord) : « Approches de la terminologie normalisée de la formation ouverte à distance »
14h40 – 15h - Mokhtar ben Henda (Université La Manouba - Tunis) : « La normalisation pour la Formation ouverte à distance, garante de la participation des pays du Sud »
15h- 15h15 - Alejandra Graterol Benavides (Université de Poitiers) : « Spécificités de l’édition Web »
PAUSE de 15h15 à 15h30
Session III Diversité
culturelle et enjeux de la localisation
Modérateur
: Claudie Juilliard (Université Paris 7 - Denis Diderot)
15h30 - 16h05 - Marc Küster (CEN - Cultural Diversity Steering Group) : « La normalisation européenne dans les TIC : un garant de la diversité culturelle ? »
- 16h05 - 16h20 - Rachid Zghibi (Université de Tunis) – Ouahmi Ould-Braham (MSH Paris Nord) : « Le berbère : mise en application d'un jeu de caractères dans la norme ISO/CEI 10646 »
16h20- 16h50 - Sylvain Perchaud
(Europe Shareware) : « Diffusion multilingue des logiciels : l’exemple
d'Oxygen »
16h50 - 17h05 - Germana Torres (Université de Poitiers) :
« Communication d’entreprise et localisation »
Allocution de clôture
17h05- Louis-Jean Rousseau (Agence Intergouvernementale de la Francophonie)
L’AILF aura 25 ans en 2006. Elle aura accompagné un des moment les plus sensibles de l’évolution du traitement de l’information en manifestant, tout au long de la période, sa vigilance en matière linguistique.
La perspicacité de ses fondateurs, au premier rang desquels le Général Jean Bécam, n’aura pas été démentie par la succession des épreuves, défis et handicaps, auxquels auront été soumises notre langue et son écriture. Il est regrettable que ce combat n’ait parfois pas été bien compris des intérêts mêmes qu’il servait, mais la surveillance de ce domaine ne doit pas être relâchée. On peut être certes apparemment rassuré par la capacité d’échange actuelle des systèmes de messagerie. Convenons que cette instantanéité ne présente aucune garantie d’avenir sur le long terme. Il faut savoir que ce résultat ne s’est pas obtenu tout seul et par enchantement. Il faut aussi imaginer que l’évolution technologique en cours, et celle promise à notre futur, à moyen et long terme, représente encore autant de défis, voire de menaces, opposés au plein respect de l’expression en français. Particulièrement, les travaux dans le domaine des ressources linguistiques et de leur nécessaire normalisation, doivent retenir notre attention et attiser notre vigilance. Nos pouvoirs publics ne s’y sont pas trompés et le programme de soutien du Ministère de la Recherche, TECHNOLANGUE, peut-être vu comme tout à fait opportun.
Vingt-cinq ans et l’avenir devant nous. Nous espérons que les exposés des pages qui suivent vous convaincront de la nécessité de continuer de se poser, à tout moment, la question de l’adéquation des moyens et des performances, pour assumer correctement la représentation de la pensée en langue française. Cette recherche d’assurance et de garantie devra porter au-delà de notre langue elle-même, au profit et bénéfice de l’expression de toutes les langues. Pour sa part notre association espère que le monde francophone, par les ressources intellectuelles qu’il représente, aura à cœur de démontrer cet engagement. L'AILF entend que la recherche scientifique est essentielle à la bonne maîtrise de tels développements.
Jean-Michel Borde
Président de l’AILF
16 avril 1955. Dans une lettre restée célèbre le grammairien Jacques Perret explique les raisons qu'il a eues de forger le mot « ordinateur » pour répondre à la demande de la société IBM d'un terme français désignant ses nouveaux produits.
22 mars 2005. Au moment où nous nous apprêtons à fêter ce cinquantenaire, l'AILF a souhaité se pencher sur la place de la « Langue française dans l'aventure informatique ». Après un rappel de quelques étapes de cette aventure, importantes du point de vue linguistique, l'essentiel du colloque portera sur la place même de la langue française et du multilinguisme dans une informatique qui dépasse le cercle des professionnels pour devenir omniprésente.
À cet égard, l'AILF a choisi de donner un coup de projecteur sur trois aspects clés de cette problématique : la perte de domaine, la formation ouverte à distance et la diversité culturelle.
Ces trois axes sont, bien entendu, étroitement imbriqués car on ne peut concevoir de FOAD dans le respect de la diversité culturelle si les langues cessent de pouvoir décrire tous les domaines du savoir et ne peuvent s'afficher à volonté sur les ordinateurs du grand public.
Au cours de ce colloque, des experts européens (Suède, Allemagne) et des deux Amériques viendront confronter leur expérience à celles du public et des experts français.
LexiPraxi se fera ainsi directement l'écho de deux volets importants de l'action interministérielle Technolangue, à laquelle participent le Ministère délégué à la recherche et le Ministère de la culture et de la communication, qui soutiennent l'organisation de Lexi Praxi 2005 :
· le volet normes et standards, qui vise à faciliter la production de normes et standards pour le domaine des technologies de la langue,
· le volet veille informationnelle, qui vise à connaître l'état de l'art des technologies de la langue et de leurs usages dans différentes applications, dans le contexte international.
Président AILF
Jean-Michel Borde, 48 ans, a fait une carrière au service de l’image et de sa qualité. De formation universitaire, il est spécialiste en télédétection spatiale pour les applications environnementales. Il a été sensibilisé très tôt au rattachement des représentations graphiques avec leurs associations de contenus sémantiques. Le déploiement des technologies numériques lui aura permis de suivre le développement de leur état de l’art sur les vingt dernières années, notamment lors de son passage à l’AFNOR où il fut responsable de la contribution française aux normes MPEG et JPEG pendant 10 ans, de 1990 à 2000. Dans ces fonctions il a porté un attachement tout particulier à la cohérence linguistique des traductions proposées à la validation des groupes de travail internationaux. Il est aujourd’hui président de l’AILF, vice-président de l’AFRAC (Association pour des Fichiers Racine Administrés en Concertation).
Délégation générale à la langue française et aux langues de France
Xavier.North@culture.gouv.fr
Agrégé de lettres modernes, Xavier North a mené une carrière nationale et internationale au service de la francophonie et de la culture : conseiller culturel aux États-Unis puis en Italie et en Grande-Bretagne, chargé des relations internationales au Centre Georges Pompidou, Délégué général de la Mission de Préfiguration du Palais du cinéma, puis Directeur de la Coopération culturelle et du français au Ministère des Affaires étrangères. Il est devenu en octobre 2004 délégué général à la langue française et aux langues de France au Ministère de la culture et de la communication
Ministère délégué à la recherche
Actuellement Directeur du Département Technologies de l'Information et de la Communication au Ministère de la Recherche (Direction de la Technologie) où il a mis sur pied le programme Technolangue, Joseph Mariani est par ailleurs co-responsable de l'Action transversale de Réalité Virtuelle VENISE du LIMSI. Directeur du LIMSI de 1989 à 2001, et responsable du Département Communication Homme-Machine du laboratoire de 1987 à 2001, il a été président de la section « Sciences et Technologies de l'Information (Informatique, Automatique, Traitement du Signal) », membre du Conseil Scientifique et du Conseil de Département SPI au Comité National du CNRS, et membre du Comité d'Evaluation de l'INRIA, coordonnateur du Réseau FRANCIL de l'Association Universitaire Francophone (AUF), coordonnateur du Comité Technique 5 (Interaction Homme-Machine, Ergonomie et Acceptabilité des Services) du Réseau National de Recherche en Télécommunications (RNRT ), et membre du Comité d'Orientation du programme PRIAMM sur les industries de l'audiovisuel du multimédia, qui est devenu depuis le RIAM. Il est également président de l'European Language Resources Association (ELRA), et membre du bureau du réseau européen Language & Speech (ELSNET) et du Comité Cocosda. Ancien président de l'European Speech Communication Association, à présent International Speech Communication Association (ISCA), il fait partie de son conseil scientifique. Enfin, il participe au projet CLASS (Collaboration in Language and Speech Science and Technology) dont le but est de stimuler les relations entre les projets du programme Européen Human Language Technology (HLT). Ses activités de directeur de recherche portent sur la Communication Parlée Homme-Machine.
CNRS
Chercheur en linguistique au CNRS, Danielle Candel a longtemps participé à l’élaboration du Trésor de la langue française de l’InaLF, où elle a notamment travaillé sur tous les aspects de vocabulaire de spécialité. Entre autres activités lexicographiques et terminologiques, elle anime une équipe qui alimente les travaux des Commissions ministérielles de terminologie et poursuit des recherches sur l’histoire de la théorie de la terminologie.
GET – Direction scientifique
Jean-Alain.Hernandez@get-telecom.fr
Ingénieur chimiste, docteur-ingénieur en informatique, ingénieur des télécommunications, Jean-Alain Hernandez est chargé de l’édition scientifique au GET (Groupe des écoles des télécommunications). A ce titre, il est directeur de la rédaction de la revue internationale Annales des télécommunications, responsable de la collection technique et scientifique des télécommunications (130 ouvrages parus depuis 1978) et secrétaire général de la commission de terminologie et de néologie des télécommunications. Auteur ou traducteur d’une vingtaine d’ouvrages, il est membre de la commission de terminologie de l’informatique, membre de la société française de terminologie et président d’honneur de l’AILF.
Centre suédois de terminologie – TNC
Henrik Nilsson, né en 1970, est diplômé en sciences de la communication et en anglais et a suivi d'autres cours à l'université de Stockholm (y compris deux mémoires de maîtrise en anglais et en français). Il a également un diplôme d'enseignant d'anglais de l'Institut de formation de Stockholm et a étudié la linguistique à l'École Normale de Paris et à l'université Paris XIII (Créteil, Paris). Depuis 1997, Henrik Nilsson travaille comme terminologue au Centre suédois de terminologie technique (Terminologicentrum TNC). Il a travaillé comme terminologue et traducteur pour Eurodicautom et a administré divers projets MLIS (Nordterm-Net et WebIT/EFCOT). C'est dans ce cadre qu'il a présenté deux communications aux conférences de l'AET et de TKE, en 1999. Il a participé à un des groupes de travail pendant le développement de l’IATE dans l’UE , logiciel qu’il a récemment évalué dans le cadre du grand projet d’une infrastructure terminologique en Suède nommé TISS. Depuis quelques années, il fait partie du bureau de l’Association européenne de terminologie (AET). Il associe aussi son travail terminologique aux postes d’assistant au laboratoire de langue de l'université de Stockholm et de vendeur pour le magasin de mode jus. Il travaille aussi comme traducteur, interprète et journaliste indépendant.
Université Charles de Gaulle - Lille 3 - Ministère délégué à la recherche
stephane.chaudiron@technologie.gouv.fr - stephane.chaudiron@univ-lille3.fr
Professeur en Sciences de l'information et de la communication à l'Université de Lille 3, Stéphane Chaudiron est aussi Chargé de mission au Ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologies au sein du Département « Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication », responsable de l'action interministérielle Technolangue lancée en 2003 dans le domaine du traitement informatique des langues.
Universitat Pompeu Fabra
Docteur en philologie romane de l'Université de Barcelone (1977), Maria Teresa Cabre est professeur de linguistique catalane à l'Universitat Pompeu Fabra et membre de l'Institut d'Estudis Catalans. Elle a enseigné à l'Université de Barcelone de 1970 à 1993, année où elle a intégré l'Universitat Pompeu Fabra où elle a dirigé l'unité de Linguistique et de Catalan du Département de Traduction, ainsi que l'Institut Universitari de Lingüística Aplicada (IULA), qu'elle a fondé. Au sein de l'IULA, elle dirige le groupe de recherche (53 chercheurs) relatif au traitement du langage ainsi que de l'unité de recherche sur la structure du lexique, la néologie et la terminologie.
Après avoir dirigé le Centre de Terminologia Catalana, TERMCAT (1985 à 1988), elle a créé le Servei de Llengua Catalana à l'Université de Barcelone (1989-1993). Par ailleurs, en tant que directrice du Bureau de Lexicographie de l'Institut d'Estudis Catalans, elle coordonne le Diccionari de la Llengua Catalana, la nouvelle édition du dictionnaire général de la langue catalane et est l'une des instigatrices de la création du Centre de referencia para la ingeniería lingüística dans le cadre du Plan oficial de investigación de Cataluña.
Enfin, Maria Teresa Cabré est membre fondateur du Réseau Ibéro-américain de Terminologie (RITerm), dont elle assume actuellement la présidence du Comité Directeur, membre fondateur et secrétaire générale du Réseau Panlatin de Terminologie (Realiter), du groupe NEOROM du même réseau et du groupe "Lexis" de l'association européenne ELRA.
Université Paris 8
Isabel Desmet est Docteur en sciences du langage, linguiste romaniste et Maître de Conférences à l’Université Paris 8, où elle enseigne la lexicologie et la lexicographie, la terminologie et la terminographie, la traductologie et la linguistique de corpus. Elle appartient à plusieurs équipes universitaires de recherche en linguistique et dirige actuellement le CERTAL, Centre de ressources et de recherche en technologie d’apprentissage des langues, de l’UFR de Langues et Cultures Étrangères et Langues Étrangères Appliquées de l’Université Paris 8. Dans le cadre de la direction du CERTAL, elle coordonne le projet « Observatoires de langues : français et langues étrangères ». Isabel DESMET a plus d’une cinquantaine de travaux et publications dans le vaste domaine de la linguistique de spécialité, a participé à plusieurs projets de recherche européens et internationaux et coordonne actuellement des projets de dictionnaires électroniques monolingues, bilingues et multilingues, parmi lesquels des dictionnaires dits d’apprentissage.
DGLFLF
Benedicte.madinier@culture.gouv
Agrégée de lettres classiques, Bénédicte Madinier a passé de nombreuses années à l’étranger, dans le domaine des relations culturelles internationales, avant d’intégrer en 1999 la Délégation générale à la langue française et aux langues de France en tant que chef de la Mission développement de la langue.
Sun-France
Alexis.Moussine-Pouchkine@Sun.COM
Diplômé de l'ESME-Sudria et titulaire d'un Master of Science de l'université californienne SJSU, Alexis Moussine-Pouchkine est aujourd'hui expert chez Sun Microsystems France sur les technologies Java et XML. Il est également le traducteur de plusieurs ouvrages techniques parus aux éditions Eyrolles, Vuibert et O'Reilly ainsi qu'un membre actif du groupe français du projet Open Source NetBeans.org.
Loria – CNRS
Diplômé de l’École Supérieure d’Électricité en 1986, avant d’obtenir son doctorat en informatique en 1989 et son habilitation à diriger des recherches en 1999, Laurent Romary mène depuis plusieurs années des recherches sur le dialogue homme-machine et plus généralement en informatique linguistique. Directeur de recherche à l’INRIA, où il dirige l’équipe Langue et Dialogue au sein du Loria, il s’est également impliqué dans de nombreuses collaborations nationales et internationales où il a plus particulièrement coordonné les projets MLIS/Dhydro et IST/MIAMM. Son investissement dans des actions de représentation et de diffusion de ressources linguistiques l’a amené à intégrer le comité scientifique de la TEI (Text Encoding Initiative), à prendre la responsabilité de l’édition de la norme ISO 16642 (TMF – Terminological Markup Framework) au sein du comité TC37/SC3 de l’ISO, puis à être élu président du SC 4 « Gestion des ressources linguistiques » du CT 37 « Terminologie et autres ressources linguistiques ». Début 2005, il a été nommé chargé de mission auprès du directeur général du CNRS pour l’information scientifique et technique (IST)
Université Paris 8
Vice-président de l'AILF, maître de conférence à l'Université Paris VIII où il enseigne les techniques documentaires, Henri Hudrisier est également chercheur à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris Nord où il anime la thématique standardisation et normalisation. Très impliqué dans les processus de normalisation (audiovisuel, écriture, documentation, e-learning), en particulier dans le SC 36 du JTC1 ISO/CEI, il est l'animateur de la liaison internationale de l'Agence Universitaire Francophone avec l'Organisation Internationale de Normalisation ISO pour la FOAD. Impliqué de longue date dans de nombreux projets culturels et patrimoines de l'image, il est très attentif au développement des normes et standards de représentation des contenus sémantiques en liaison avec les contenus graphiques. Auteur de nombreux articles et ouvrages sur le traitement de l'information, la bibliothéconomie et l'image, il met ses connaissances au service de la dissémination de la connaissance par l'enseignement et le recherche.
Université de Tunis, Institut Supérieur de Documentation
Docteur en sciences de l’information de la communication, Mokhtar ben Henda est maître de conférence à l’Institut supérieur de documentation de Tunis, où il enseigne depuis de nombreuses années l’informatique documentaire, en particulier dans le DESS d’Enseignement à Distance pour l’Utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement et la Formation (UTICEF).
Il s’intéresse notamment à la normalisation et à l’enseignement à Distance, en tant que membre du groupe de recherche SEM@TICE et participe aux travaux du SC36 de l’ISO.
Très impliqué dans le multilinguisme et les interfaces Homme-machine, il est également chercheur associé au GRESIC (Groupe de Recherche Expérimentale sur les Systèmes Informatisés de la Communication) du Centre des études des Médias, Bordeaux 3, où il s’intéresse à l’internationalisation (I18n), la localisation (L10n) et la globalisation (G11n).
Université de Poitiers
Actuellement en stage dans un studio photo, dans le cadre du Master Web éditorial qu’elle suit à l’Université de Poitiers, Alejandra Graterol Benavides a une formation de base en Arts Plastiques, qu’elle a étendue dans toutes les directions les plus classiques, comme la restauration de peintures murales, comme les plus modernes, comme la photographie, le cinéma mais aussi le journalisme en ligne, avec la maîtrise des outils de traitement de l’image et de mise en forme de pages web, en passant par tout ce qui est enregistrement et conservation du patrimoine culturel, la muséologie et la muséographie, sans oublier l’aspect terminologique.
Université Paris 7 – Denis Diderot
claudie.juilliard@ccr.jussieu.fr
Maître de conférences à l'Université Paris 7 – Denis Diderot, Claudie Juilliard a créé le DESS ILTS (Industries de la langue et traduction spécialisée) en 1990, puis le DESS RTMI (Rédaction technique multilingue multimédia) en 1999, deux cursus en alternance qui mettent l'accent sur la formation pratique des étudiants traducteurs, rédacteurs ou futurs professionnels des industries de la langue, qui bénéficient de contrats d'apprentissage dans des entreprises partenaires.
Elle enseigne la terminologie et la gestion de la terminologie sous forme de bases de données à l'UFR EILA (Études interculturelles de langues appliquées).
Saphor GmbH
Diplômé en Physique, titulaire d’une Maîtrise en lettres et histoire, Marc Küster a travaillé au développement de logiciels au centre de calcul de l'université de Tübingen pour le traitement automatisé et scientifique des données textuelles. Il a notamment travail avec des données SGML et XML pour le traitement de textes plurilingues (alphabet latin, grec, cyrillique, hébreu, arabe...).
Il a fondé en 2001 la société Saphor GbR qui conçoit et réalise des logiciels, surtout en XML et dans le domaine du plurilinguisme. Il a également collaboré au Centro di Ricerche Informatiche per i Beni Culturali (CRIBeCu) de la Scuola Normale Superiore de Pisa et à l'internationalisation de la base de données XML TReSy.
Depuis 1997, il s’est investi en normalisation, d'abord dans le CEN/TC304 European Localization Requirements et la normalisation des jeux de caractères, notamment en tant qu’éditeur d’un certain nombre de projets, dont les European Ordering Rules ENV 13710.
Il est devenu en 2001 Président honoraire du CEN/ISSS Cultural Diversity Steering Group, puis éditeur du rapport du eBusiness Standards Focus Group sur la normalisation dans le commerce électronique, ratifié en Mai 2003. Enfin, depuis 2004 il est président honoraire du DIN NI-22 « "langages de programmation ».
Université de Tunis
Doctorant au Département Documentation à l'Université Paris8, Rachid Zghibi est également chercheur à la Maison de Sciences de l'Homme, ainsi que membre du groupe de recherche SEM@TICE : un groupe d'enseignants et chercheurs francophones de l'AUF engagé dans le e-sémantique et le e-learning. Il poursuit des recherches sur le multilinguisme (Unicode et ISO/CEI 10646) et la normalisation de l'enseignement à distance.
Europe Shareware
Actuellement consultant progiciel bancaire Delta Bank, Sylvain Perchaud est titulaire d’une maîtrise « Économie de l'Entreprise » de l’Université de Tours. Sa maîtrise des langues étrangères (dont le polonais et le mandarin) ainsi que de nombreux systèmes, langages et logiciels l’ont mené tout naturellement à s’investir dans le partigiciel au niveau européen, en fondant, dès 1997, l'association Europe Shareware, association qui traduit, distribue et promeut les sharewares européens, notamment le logiciel oXygen, éditeur XML.
Agence intergouvernementale de la francophonie
Louis-jean.ROUSSEAU@francophonie.org
Après une longue carrière à l'Office québécois de la langue française, où il a été Chef du service des travaux terminologiques, Chef du service de la banque de terminologie et des consultations, Président de la Commission de terminologie de l'Office, Louis-Jean Rousseau est depuis mars 2002 en poste à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, en tant que responsable des politiques linguistiques et de l'aménagement des langues.
Secrétaire général du Rint (Réseau international de néologie et de terminologie) de 1989 à 2000, il est désormais secrétaire général du RIFAL (Réseau international francophone d'aménagement linguistique). Très impliqué en normalisation, il est également depuis 1998 président du SC1 « Principes et méthodes » du CT 37 « Terminologie et autres ressources linguistiques ».
Jean-Alain Hernandez, GET - Direction scientifique
La seconde moitié du vingtième siècle a été marquée par l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui les STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication) mais qu’on n’a pas toujours appelé ainsi. Et pour cause ! La terminologie des STIC s’est forgée en accompagnant leur développement, parce que la langue française a su rester dans ce domaine langue de modernité.
L’objet de cet article est double : tout d’abord, il s’agit de rappeler l’histoire de ces termes aujourd’hui célèbres mais qui ont parfois eu du mal à s’imposer ; et il s’agit aussi d’illustrer les mécanismes très divers qui ont permis l’émergence de ces néologismes en espérant que ce rappel sera un encouragement pour l’avenir.
La genèse du terme ordinateur est bien connue, voir par exemple [1] et [2], et remonte au début de 1955, lorsqu’IBM décide de fabriquer dans son usine de Corbeil-Essonnes les premières machines électroniques. François Girard, responsable du service promotion, décide alors de consulter Jacques Perret, professeur de philologie latine à la Sorbonne. Il lui écrit donc une lettre, qui sera signée par C. de Waldner, président d’IBM France, dans laquelle il décrit sommairement la nouvelle machine et accompagne cette lettre de brochures illustrant les machines mécanographiques.
C’est par une lettre datée du 16 avril 1955 que Jacques Perret lui répond. Et cette lettre commence par « Que diriez-vous d’ « ordinateur » ? C’est un mot correctement formé qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde »
Il évoque également « systémateur », mais aussi, pour les condamner aussitôt, « combinateur », « congesteur », « digesteur » et « synthétiseur ».
Il remarque également, en lisant les brochures qu’on lui a communiquées, que de nombreux appareils sont désignés par des noms féminins (trieuse, tabulatrice,...). Du coup, il conclut en penchant pour « ordinatrice électronique ».
Mais c’est bel et bien ordinateur qu’IBM France retiendra. Et après l’avoir protégé pendant quelques mois, la compagnie décidera de le laisser dans le domaine public.
Mais le terme n’a pas été immédiatement adopté par tous. Si l’on regarde les offres d’emplois du journal Le Monde daté du 2 mai 1962 (nous verrons que c’est, pour les STIC, une date tout aussi importante que le 16 avril 1955), on observe qu’aux cotés d’une offre d’IBM mentionnant le terme ordinateur, on trouve une offre d’une société privée qui, elle, utilise encore le terme « calculatrice électronique » (Figure 1)

Fig.1 : Le Monde du 2 mai 1962. On trouve aussi bien ordinateur électronique (annonce IBM) que calculatrice scientifique (annonce Import. Société).
C’est le 2 mai 1962 que Philippe Dreyfus, qui avait été Directeur du centre national de calcul électronique de la société Bull dans les années 1950 signe une note adressée au Comité d’études des termes techniques français par laquelle il propose de nommer « informatique » la « technique du traitement logique de l’information, support des connaissances et des communications humaines ». Le texte de cette note peut être consulté dans [3]. La même année, il va fonder la SIA, Société d’informatique appliquée, en quelque sorte la première société de services en informatique. Et dès 1966, sous la houlette de Louis Armand, autre grand ingénieur, l’académie française acceptera ce nouveau terme.
Ce qui est remarquable, et encourageant pour nous, dans la démarche de Philippe Dreyfus c’est sa volonté d’anticiper. Voici ce qu’il écrit :
« Est-il essentiel d'attendre l'effraction, dans notre langue, d'un terme anglo-saxon, pour commencer à chercher par quel mot de consonance et de structure françaises il faudrait le remplacer ? Nous allons essayer, pour une fois, de tenter l'inverse et de proposer un mot français avant que nos amis d'Outre-Manche ou d'Outre-Atlantique n'en aient trouvé un. »
Quand on sait que ce mot c’était « informatique » on ne peut qu’être admiratifs... et reconnaissants, puisque les anglo-saxons n’ont finalement jamais trouvé de terme équivalent à informatique.
À la fin des années 1960, si le terme hardware pouvait être assez généralement traduit par « matériel », rien n’était très clair pour software. C’est le terme anglais qu’ingénieurs et techniciens utilisaient le plus volontiers. Pourtant, à la Délégation générale à l’informatique, un jeune ingénieur chargé de mission, Philippe Renard, milite pour une traduction de software. Et dans la brochure « Le software en France » [5], Maurice Allègre, à l’époque Délégué à l’informatique, appuie la traduction proposée : logiciel.
C’est pourquoi, lors de sa réunion du 26 novembre 1970, réunion dont on trouvera un dépouillement précis dans [5], Jean-Paul Costa propose ce terme de « logiciel » parmi quelques autres : programmerie, infologie, mentiel.
Il s’imposera finalement assez vite, peut-être aussi parce que la Délégation à l’informatique et, plus généralement, les pouvoirs publics avaient quelques facilités à l’époque pour imposer les termes devant figurer dans les appels d’offres.
Le 20 décembre 1976, le Président Giscard d’Estaing écrit à Simon Nora pour lui confier « une mission d’exploration consistant [...] à faire progresser la réflexion sur [...] l’informatisation de la société ».
Le rapport est rendu le 20 janvier 1978, co-signé par Alain Minc. Il sera très vite publié par la Documentation française, puis repris, vu son succès médiatique, dans la Collection Points (dirigée par Jacques Julliard), aux éditions du Seuil. On peut le relire, presque trente ans après, avec beaucoup d’intérêt. Et il introduit un nouveau terme : la télématique (Figure 2).

Fig. 2 La définition de la télématique selon Simon Nora et Alain Minc. On notera la référence au terme « compunication ».
Ce terme de télématique va être un des grands succès des années 1980. Et surtout, il va accompagner un des déploiements techniques les plus originaux qui aient jamais été réalisés en France : celui du Minitel [6]. Pour beaucoup, et pendant des années, Minitel et télématique seront des quasi-synonymes ; à l’occasion d’ailleurs, télématique deviendra même parfois un adjectif (on parlera de « plan télématique »), avant que le terme se dissolve dans l’informatique. Et tout comme pour informatique, il n’y aura pas d’équivalent en américain, y compris pour les ouvrages traduits du français pour lesquels les traducteurs auront recours à divers artifices [7].
Le succès de la téléphonie mobile dans la deuxième moitié des années 1990 peut être sans conteste portée au crédit de la norme GSM, une norme qui a véritablement permis un développement de nouveaux services et de nouveaux usages dans toute l’Europe d’abord, puis dans le Monde. Si la norme GSM elle-même a été publiée à partir de 1990, on ne sait pas que le terme lui-même est notablement plus ancien : c’est un sigle français (groupe spécial pour les télécommunications avec les mobiles) qui correspond à la volonté qu’a eue la Conférence européenne des postes et télécommunications, dès la conférence de Vienne de juin 1982, de définir un système européen de télécommunication avec les mobiles. La figure 3 donne un extrait de ce qui est probablement la première note faisant mention du terme GSM : il s’agit d’un compte rendu technique de cette réunion de Vienne établi par Marcel Thué [8] pour le CNET (Centre national d’études des télécommunications) dès juillet 1982.

Figure 3 Extrait du rapport technique de Marcel Thué qui, en juillet 1982, rend compte de la création du GSM (groupe spécial pour les télécommunications mobiles)
En 1988, c’est la création de l’ETSI (Institut européen des normes de télécommunication) et le GSM lui est transféré : il y devient un comité technique (Technical committee, TC) de l’ETSI, le noyau permanent étant transformé en « équipe-projet » (Project Team, PT). La première exploitation expérimentale du GSM a lieu en octobre 1991 dans Genève et ses environs à l’occasion de l’exposition Télécom 91 organisée par l’Union internationale des télécommunications. Lorsque l’exploitation commerciale commence en 1992, GSM est considéré comme le sigle du nouveau « Global System for Mobile communications » qu’il est depuis devenu.
Pour terminer, évoquons deux phénomènes qui semblent importants pour que la langue française continue à être cette langue d’expression de la modernité : les sigles et l’appropriation de termes par des organismes privés.
Sur les sigles d’abord. Il apparaît que le monde des STIC est une jungle de sigles (à commencer par son nom lui-même...). Doit-on traduire un sigle ? La réponse la plus courante actuellement est qu’on traduit pour le très grand public (AIDS correspond à SIDA) mais qu’on ne traduit pas dans la langue de spécialité (UMTS, par exemple). Les problèmes surgissent lorsqu’un sigle passe du domaine des techniciens à celui du grand public. On peut trouver une nouvelle signification à ce sigle (au fond, c’est ce qui s’est passé avec GSM) ou bien décider de considérer le sigle comme un mot, sans plus chercher à le décliner (qui serait aujourd’hui capable de décliner le sigle FNAC, par exemple ?). C’est ainsi que les réseaux locaux sont couramment désignés par le sigle LAN (local area network) en anglais, mais aussi maintenant en français (le sigle équivalent RLE pour « réseau local d’entreprise » ayant disparu).
Dans tous les cas, se pose la question du genre du sigle. Il est intéressant de constater que les « techniciens » disent en général le Wi-Fi (par analogie avec le GSM) mais que de nombreuses personnes du très grand public parlent de la Wi-Fi (probablement par analogie avec la Hi-Fi).
Va se poser aussi, un jour ou l’autre, la question de la marque du pluriel. Aujourd’hui, on considère qu’en français les sigles ne doivent pas porter la marque du pluriel, mais d’une part les anglo-saxons mettent la marque du pluriel (les LANs) et d’autre part, si les sigles deviennent des mots de la langue, il y a fort à parier que nous aurons besoin de leur faire porter, comme à tous les autres mots, une marque de pluriel pour lever certaines ambiguités. C’est probablement une évolution de la langue (technique) qu’il sera intéressant d’observer dans les années qui viennent.
Les sigles donnent lieu également à des phénomènes assez compliqué comme, par exemple, des combinaisons multilingues. Lorsque les LAN sont sans fil (technologie radio) on les appelle WLAN en anglais (Wireless Lan) mais RLAN en français (Radio Lan). On a ici un exemple assez curieux de sigle multilingue, assez exceptionnel aujourd’hui mais qui pourrait bien devenir plus fréquent à l’avenir.
L’appropriation de certains termes par des entreprises n’est pas un phénomène nouveau. Propriétaire d’une marque, une entreprise a deux choix extrêmes : faire de ses clients les ambassadeurs de sa marque en mettant le terme qui la désigne à la disposition de tous, ou bien restreindre de manière stricte tout emploi de ce terme à la désignation des seuls produits qu’elle vend.
Nous avons vu que, dans les années 1950, IBM a mis le terme « ordinateur » dans le domaine public. En serait-il de même aujourd’hui ? Cela n’est pas sûr. Deux phénomènes viennent compliquer ce rapport avec les marques : d’une part l’énorme investissement en communication que les entreprises sont amenées à faire (et qui conduit, entre autres, à une prolifération de marques) et d’autre part la sensibilité acquise aujourd’hui dans le monde industriel à ce qu’il est convenu d’appeler la « propriété intellectuelle » et qui pousse les entreprises à protéger tout ce qui pourrait bien faire partie de leur portefeuille d’actifs.
La combinaison de ces deux phénomènes conduit à ce qu’on observe de plus en plus fréquemment dans les journaux : la publication de rectificatifs suite à l’emploi comme terme générique d’un mot parfois très banal mais qui est une marque protégée (Figure 4).

Fig. 4 : un rectificatif, comme on en voit beaucoup, pour l’emploi d’un terme assez banal
La question de fond est alors : les mots sont-ils des biens publics ou des biens privés ? Comment trouver un point d’équilibre entre le nécessaire respect des actifs des entreprises (ou des individus) et le droit des citoyens à utiliser les mots qui leur conviennent pour désigner des choses ? La puissance publique ira-t-elle un jour jusqu’à racheter à ceux qui auront été assez astucieux pour les faire enregistrer, les droits d’utilisation de tel ou tel terme ? Les affaires récentes portant sur les noms de domaine de l’internet pourraient bien nous faire réfléchir à ce sujet.
[1] Breton Philippe. Histoire de trois termes : informatique, ordinateur, information, GRECO-CNRS Histoire du vocabulaire scientifique, Documents pour l’histoire du vocabulaire scientifique n°8, Institut national de la langue française, 1986.
[2] Histoire de la création du mot ordinateur http://frenchmozilla.sourceforge.net/regles/ordinateur
[3] Sotiriades Olivier. Newsgroup fr.sci.jargon, message posté le 27 juillet 1997. Titre : Informatique ou la langue française et les nouveaux termes.
[4] Délégation à l’informatique, Le Software en France, Paris : Délégation à l'informatique, 1970, 48 pages.
[5] Depecker Loïc. Un exemple d’aménagement terminologique : les commissions ministérielles de terminologie en France (1970-1993). Thèse de doctorat en linguistique, Université de Paris VII, janvier 1994.
[6] Marchand Marie. La grande aventure du Minitel. Préface d’Hubert Curien, Larousse, 1987.
[7] Marchand Marie. The Minitel saga: a French success story. Foreword by Hubert Curien, translated and adapted from the French by Mark Murphy, Larousse 1988
[8] Thué M. avec le concours de B. Rouxeville. Compte rendu technique de la réunion de la commission « télécommunications » de la conférence européenne des postes et télécommunications, Vienne, 14-25 juin 1982, CNET/DICET Affaires internationales, Réf. RM/DICET/AI/157, communiqué par l’auteur.
Henrik Nilsson, Centre suédois de terminologie - TNC
De plus en plus, nous constatons qu’une langue de grande extension (souvent l’anglais) exerce une influence importante sur des langues moins répandues, surtout dans les langues de spécialité où il devient de plus en plus difficile pour les experts de communiquer dans leur langue nationale. C’est ce qu’on appelle le phénomène de perte de domaine (ou perte de fonctionnalité) qui se présente quand on perd, dans un domaine[1] donné, la possibilité de s’exprimer, de travailler ou d'enseigner dans sa langue, avec les conséquences culturelles que l’on imagine. On peut aussi le définir comme : « la perte de la possibilité de communiquer dans tous les niveaux d’une langue dans un domaine en raison d’un développement insuffisant des ressources des langues de spécialité »[2].
Depuis longtemps déjà, le phénomène de « perte de domaine » – et surtout ses conséquences – préoccupent l’aménagement linguistique dans les pays nordiques[3], mais aussi le monde terminologique, car le phénomène est étroitement lié à l’existence de termes en langue nationale.
En 2002, une proposition de programme d’action gouvernementale pour la langue suédoise, nommé « Mål i mun »[4], a été présentée. Une des notions fondamentales de ce programme est précisément celle de perte de domaine en Suède et le programme donne cinq conséquences de ce phénomène (qui motivent son inclusion dans ce programme d’action). Avec une utilisation augmentée de l’anglais dans de plus en plus de contextes différents, beaucoup de personnes doivent utiliser une langue qui n’est pas leur langue maternelle, ce qui peut naturellement avoir un effet négatif sur leurs prestations. Il y a aussi un risque lié à l’attitude envers le suédois et l’anglais (dans le cas de la Suède) : si l’anglais est utilisé dans le commerce, dans la recherche, dans la vie politique et dans d’autres contextes liés à un certain statut et au pouvoir, on risque de considérer le suédois comme une langue moins « riche ». Mais surtout, la communication entre experts d’un même domaine ou entre domaines risque de devenir moins efficace si l’on n’a pas la terminologie nécessaire en suédois. En plus, cette terminologie cesse de se développer si une autre langue est constamment utilisé dans la communication. Voici l’aspect de la perte de domaine qui préoccupe principalement les terminologues. Il sera aussi plus difficile de communiquer au grand public les résultats de la recherche, ce qui transforme le problème en un problème démocratique. Le phénomène de diglossie[5] et l’inégalité linguistique entre une langue de haut statut (anglais) et une langue moins respectée (le suédois) que cette situation risque d’entraîner, ont également été mentionnés comme des conséquences négatives de la perte de domaine. Ce processus de perte pourrait même aboutir à un changement total de langue dans le futur.
Actuellement en Suède, aucun domaine ne court vraiment le risque d’être « perdu », mais il y a tout de même des indications que le processus a commencé. C’est dans la formation et dans la recherche que cela se voit le plus clairement. De plus en plus, l’anglais est devenu la lingua franca, surtout dans les sciences naturelles où un grand nombre de leçons et d’examens sont conduits en anglais. Dans une des grandes universités suédoises, 70 % de l’enseignement (niveau recherche, sciences naturelles) est conduit en anglais et 87 % de la littérature est en anglais (niveau de base, sciences naturelles). La vaste majorité des œuvres étudiées sont en anglais et les étudiants ont du mal à s’exprimer en suédois. Les autres domaines qui ont été étudiés sont le commerce ainsi que l’utilisation de l’anglais comme langue interne des sociétés privées, phénomène qui commence à se répandre de plus en plus. Plus haut placé on se trouve dans l’hiérarchie, plus on montre une prédilection à utiliser l’anglais ; voilà une tendance parmi d’autres dans l’usage de l’anglais dans des sociétés privées. En politique internationale, il y a aussi un grand risque de perte de domaine. Même si l’adhésion de Suède à l’UE en 1995 a eu un effet positif pour la langue suédoise, il a été constaté que les parlementaires et les fonctionnaires de l’UE ne l’utilisent pas très souvent. Il y aussi une certaine influence de l’anglais à travers la culture (film, musique etc.), mais cette influence reste limitée pour l’instant. Les grands journaux utilisent le suédois, les programmes de télévision sont sous-titrés, etc.
En dehors de la Suède, les discussions en Norvège et au Danemark sont similaires, surtout en ce qui concerne l’utilisation de l’anglais dans la formation. En Norvège, le conseil linguistique a présenté un plan d’action dont le point de départ était justement la menace de perte de domaines au profit de l’anglais. Le problème de perte de domaine ne concerne pas seulement les langues de moindre diffusion, mais aussi des langues non anglo‑saxonnes de très grande diffusion. Pour des langues de moindre diffusion, comme le lapon et le groenlandais la situation est naturellement très différente car depuis des années beaucoup de domaines ont été perdus ou pas même « construits ». Là, on travaille pour regagner des domaines – et l’on a aussi déjà éprouvé des « gains de domaine » (une autre notion qui, avec « perte de domaine » et quatre autres, constitue une taxonomie[6]). Ces expériences montrent qu’il est possible de conquérir et de reconquérir des domaines : au Groenland le travail sur la terminologie de l’informatique vient de commencer et en Sápmi plusieurs glossaires ont été publiés dans différents domaines.
En 1996, le premier réseau de terminologie de domaine s’est formé dans le domaine de l’informatique : Svenska datatermgruppen. Ce modèle d’organisation du travail terminologique s’est avéré très efficace dans un domaine spécifique, et comme façon de travailler contre la perte de domaine.
L’objectif de ces réseaux de terminologie est de créer une terminologie suédoise dans des domaines où des termes anglais dominent mais aussi d’harmoniser la terminologie existante tout en analysant les notions et en donnant des définitions et des explications des notions en question. Les réseaux regroupent des experts du domaine, des représentants de la terminologie, de l’aménagement linguistique, de la presse spécialisée aussi bien que des représentants de médias non-spécialisés. Cette dernière catégorie est importante car on considère que l’utilisation par les médias des termes proposés par les réseaux facilite l’implantation de ces termes. Un exemple en est l’équivalent de l’anglais « web site » où le terme proposé « webbplats » a réussi à s’implanter.
En ce qui concerne l’organisation, un noyau de cinq à six personnes se réunit régulièrement pour élaborer des pré-recommandations, qui comportent un équivalent suédois, le terme anglais et une définition, explication ou commentaire. Ces pré-recommandations sont diffusées dans le réseau par voie électronique et, une fois par an, le réseau tout entier se réunit pour discuter des cas particulièrement problématiques. Les résultats sont accessibles gratuitement sur un site oueb[7]. De ce fait, le glossaire sur l’informatique est devenu une des références les plus citées dans la production des glossaires. Depuis, trois autres réseaux ont été formés. Il était naturel de commencer par le réseau de l’informatique étant donné que ce domaine d’origine très spécialisée a rapidement influencé la vie de tous les jours et de tout le monde, ce qui en soi a eu pour conséquence que la terminologie s’est « déterminologisée ». En 1999, le réseau de terminologie des sciences biologiques (Svenska biotermgruppen) a été constitué. Ce domaine, étant donné que sa terminologie n’est pas encore entrée dans la vie publique de la même façon (à part quelques termes : organisme génétiquement modifié, aliment fonctionnel et d’autres), ce réseau travaille de manière légèrement différente de celui de l’informatique. Parmi les participants on trouve par exemple plus de représentants de la recherche que des médias même si la presse du domaine suit le travail du réseau. Le troisième réseau traite la terminologie de la construction et des bâtiments, (Svenska termgruppen för byggd miljö), et il a été formé en 2002. Ce groupe est constitué par des organismes du domaine qui paient un abonnement leur donnant accès à une base de données qui regroupe de la terminologie et des références aux classifications et aux documents pertinents.
Ce modèle de réseau a été « exporté » en Norvège, Finlande et Grèce lors du projet WebIT/Efcot, dans le cadre du programme MLIS en 1999. Le succès des réseaux s’explique par le fait que les participants représentent un vaste spectre du domaine en question, peut-être plus vaste que dans d’autres commissions et comités de terminologie, et surtout parce que les représentants des médias aident à diffuser les résultats. Le développement de la communication électronique a naturellement beaucoup contribué aussi – et pour le travail, et pour la diffusion des résultats.
Ces réseaux ont bénéficié de beaucoup de publicité et sont souvent mis en valeur dans le débat comme une arme important dans la lutte contre la perte de domaine. Dans le programme d’action « Mål i mun » le modèle du réseau terminologique est mentionné comme une solution à laquelle il faut réserver des fonds.
En 2002, le Ministère de l’industrie, de l’emploi et des communications a approuvé une demande du TNC destinée à démarrer un projet visant à prévoir une infrastructure terminologique et ses composants.
Parmi les composants, voici ceux qui ont été mis en valeur comme étant les plus importants :
- un programme de coordination terminologique,
- une enquête nationale sur le travail terminologique et les ressources terminologiques existantes,
- le développement d’outils terminologiques, c’est-à-dire un portail terminologique et une base de données terminologiques nationale, Rikstermbanken.
Une enquête a déjà été réalisée et envoyée à tous les organismes officiels (administrations, conseils etc.) aussi bien qu’à un grand nombre de sociétés privées, en environ 2000 exemplaires. Le résultat montre qu’il y a une grande conscience de la langue et de la terminologie en particulier – dans les quelques administrations ayant déjà des terminologues – mais qu’il reste encore du travail avant qu’une infrastructure terminologique soit réalisée. Le TNC a proposé un programme de coordination terminologique qui devrait commencer par la nomination des personnes responsables uniquement du travail terminologique à l’intérieur de leurs organismes, en premier lieu dans les administrations publiques mais à long terme aussi dans des organismes privés (il y en a déjà, par exemple chez SAAB). Un programme de formation est aussi prévu pour ce groupe de futurs « coordinateurs terminologiques ».
En ce qui concerne les ressources, il y en a un grand nombre qui constituent déjà en soi un matériel de base pour une future base de données terminologiques nationale. Une partie non négligeable en est déjà accessible par voie électronique et a parfois même enregistrée avec des logiciels de terminologie, mais il faut encore un travail d’harmonisation et de numérisation. En ce qui concerne les outils terminologiques, le TNC vient de terminer une évaluation du logiciel IATE qui est utilisé pour la nouvelle base de données terminologiques inter-institutionelle de l’UE.Cette évaluation a été réalisée dans le but de créer une banque de données terminologiques nationale qui serait basée sur le même logiciel étant donné que nous n’avons pas trouvé d’outil aussi puissant que IATE. La banque de données ferait partie d’un portail terminologique national, comme ceux qui existent déjà aux Pays-Bas et en Belgique (NedTerm)[8] et en Allemagne (Deutsches Terminologie-Portal)[9].
En même temps que ce projet infrastructurel, un sous-projet a été mené pour approfondir le modèle de réseau terminologique mentionné ci-dessus. Nous avons constitué un nouveau réseau de terminologie, dans le domaine du diagnostic in vitro. Suite à une directive de l’UE (98/79/EG) traitant les dispositifs médicaux de diagnostic in vitro, il a été décidé en Suède que toute information accompagnant ces produits doit être en suédois. Nous avons donc imaginé qu’il y avait un grand besoin de termes et de définitions dans ce domaine et probablement aussi un besoin d’harmonisation entre la terminologie déjà proposée par des traducteurs pour ce type de dispositif et celle utilisé par les experts. Il a donc été question d’étudier le processus de formation d’un tel réseau et la meilleure façon de le diriger pour qu’il soit plus facile d’en former d’autres dans l’avenir.
Il est important de souligner que le problème de la perte de domaine n’équivaut point à une lutte contre l’anglais. Le suédois est quand même une langue de moindre diffusion par rapport à l’anglais, et il y a sûrement des contextes dans lesquels il est préférable de communiquer en anglais (commerce, communication internationale en recherche, etc.) mais cela ne devrait pas interdire d’utiliser le suédois, si on le souhaite, dans ces contextes-là aussi. Le suédois doit fonctionner dans un contexte multilingue, avec d’autres langues, anglais inclus, et l’idéal est donc un parallélisme. La Suède a aujourd’hui reconnu cing langues minoritaires (le yiddisch, le romani chib (le romanès, une langue tzigane), le finnois, le meänkieli (finnois du Tornedal) et le sami (lapon) ainsi qu’un grand nombre de langues d’immigration qui sont aussi reconnues dans la vie publique et privée. La banque de données terminologiques nationale qui a été mentionnée ci-dessus ne sera donc pas un produit suédois monolingue, mais plutôt un outil qui reflètera la société suédoise et qui pourra être utile pour les experts, les médias et pour tous les citoyens de Suède aussi bien que pour des traducteurs en dehors de Suède.
De nombreux spécialistes soulignent combien le dictionnaire résume, concentre et représente, aux yeux de beaucoup, la langue elle-même, avec laquelle il a une relation essentielle, bien que jamais achevée. Monolingue, bilingue ou plurilingue, classique ou plus moderne, général ou spécialisé, sur papier ou sur support électronique, c’est un monde de dictionnaires qui encadre et organise notre vocabulaire et notre réflexion.
Tout chercheur en lexicologie, lexicographie, terminologie, terminographie et dictionnairique, joue, ainsi, un rôle d’aménageur de la langue ou des langues, que ce soit par ses travaux théoriques, ses descriptions linguistiques, ses travaux lexicographiques ou ses modèles dictionnairiques. Il est à la fois interprète et serviteur de chaque communauté linguistique.
Dans l’immense entreprise que représente tout travail lexicographique, le lexicographe et le dictionnairiste sont confrontés à des choix jamais anodins et parfois difficiles concernant les néologismes, qui chaque jour témoignent de la vitalité des langues et de leur capacité à exprimer le monde. Ces choix peuvent relever de positions théoriques et de démarches méthodologiques, de politiques éditoriales ou des deux à la fois.
Chaque jour, de nombreux néologismes scientifiques et techniques entrent dans la langue du citoyen commun et méritent d’intégrer les dictionnaires de langue générale. Tel est le cas des néologismes dans le domaine de l’informatique et des technologies de l’information et de la communication. En théorie, plusieurs critères nous aident à distinguer néologismes de spécialité, de divulgation et de banalisation, autrement dit néonymes et néologismes. Cependant et malgré la solidité des théories et des méthodologies, de nombreux cas de figure nouveaux se présentent chaque jour dans la pratique, notamment lorsqu’il s’agit d’alimenter ou de réactualiser les dictionnaires de langue générale monolingues et à plus forte raison des dictionnaires de langue générale bilingues, censés décrire l’actualité de deux langues .
Ainsi, dans un premier temps, j’essayerai de présenter de manière abrégée la méthodologie utilisée dans la recherche en néologie et néonymie, permettant de distinguer, en théorie, la néologie de spécialité de celle de divulgation et de banalisation. Dans un deuxième temps, à l’aide d’exemples de néologismes du domaine de l’informatique et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, extraits du Larousse de poche portugais-français et français-portugais que mon équipe et moi venons de réactualiser, j’essayerai d’esquisser ici quelques problèmes qui se posent dans la pratique lexicographique.
Le néologisme, étant la forme engagée des besoins nouveaux, constitue le signe du changement linguistique et des mutations sociales d’une époque donnée. Par conséquent, il est un des meilleurs terrains des phénoménologies linguistiques, sociales, culturelles et politiques.
Du point de vue linguistique, les systèmes des langues permettent le recours à un ensemble de procédés morphologiques, morphosyntaxiques et morphosémantiques pour créer les nouvelles dénominations. Du point de vue culturel, la néologie reflète l’évolution et l’état de développement scientifique, technique et culturel d’une société. Enfin, du point de vue politique, sur le plan de l’expression, la société qui utilise une langue donnée doit disposer de dénominations qui garantissent l’aptitude de la langue à servir les besoins d’expression et de communication de ses locuteurs.
Néologisme et néologie ne sont pas des concepts linguistiques que l’on puisse saisir facilement et encore moins en dehors d’un certain cadre théorique. Cependant, il n’est pas question ici de présenter ou d’évaluer la néologie dans le cadre des différentes théories linguistiques. Je propose tout simplement de revisiter quelques acquis théoriques et méthodologiques en matière d’études néologiques, qui nous viennent des travaux entamés et développés à partir des années 60/70 et qui influencent encore les études néologiques, malgré les évolutions technologiques et sociétales actuelles. Cet héritage concerne pour l’essentiel les procédés de formation, développement et diffusion des néologismes spécialisés.
Dans la tradition des études néologiques, on considère que les néologismes qui s’installent dans les langues relèvent fréquemment au départ des discours des sciences et des techniques, car ils sont crées pour des besoins de dénomination de nouveaux concepts et de nouveaux produits. Les rapports existant entre néologie et langues de spécialité sont donc très étroits, car les nouvelles créations lexicales surgissent avec les nouveaux produits, et les nouveaux concepts scientifiques, techniques et technologiques. Pour cette raison, le chercheur québécois G. Rondeau a créé le terme « néonymie » , aujourd’hui bien répandu dans le monde francophone, pour désigner l’unité lexicale spécialisée et la distinguer du néologisme de la langue générale.
Dans une première étape des études néologiques et néonymiques, les linguistes néologues se penchent sur les caractéristiques communes et les caractéristiques distinctives de ces deux types d’unités lexicales. Sans vouloir développer ici la question, de nombreux travaux prouvent que d’un point de vue strictement formel, néologismes et néonymes partagent un bon nombre de caractéristiques. Malgré la diversité de typologies existantes, il est plus ou moins admis que néologismes et néonymes font appel aux procédés de formation que chaque langue peut leur offrir et les néologues les répartissent généralement en trois grands groupes qui recouvrent d’autres sous-types : néologie formelle, néologie sémantique et néologie par emprunt.
Quant aux critères de repérage des néologismes et des néonymes, les paramètres normalement utilisés sont les suivants :
- la diachronie : une unité est néologique si elle apparaît à une période récente ;
- la lexicographie : une unité est néologique si elle n’apparaît pas dans les dictionnaires, généraux, spécialisés ou terminologiques ;
- la nouveauté : une unité est néologique si elle est perçue comme nouvelle par les locuteurs ;
- l’instabilité : une notion a priori nouvelle est dénommée alternativement par deux ou plusieurs formations néologiques différentes, ce qui conduit à la variation dénominative (pour le caractère relatif de ces critères, aussi bien que pour une typologie d’instabilités, voir Desmet, 2002).
Parmi les critères distinguant néologismes et néonymes, je dirai sans hésiter que, dans l’ensemble de la littérature classique sur le sujet, les critères les plus saillants sont essentiellement de nature pragmatique :
- les néonymes « naissent » dans les textes scientifiques, techniques et officiels ;
- les premiers utilisateurs sont les spécialistes d’un domaine, car normalement un terme nouveau apparaît dans les textes hautement spécialisés au moment où surgit un nouveau concept, et cela grâce aux découvertes d’un scientifique ou d’un professionnel.
Dans la tradition des études terminologiques, il est normalement admis que lorsque les termes nouveaux dénommant de nouveaux concepts et de nouveaux produits scientifiques et techniques se divulguent, puis se banalisent, autrement dit entrent dans les discours du non spécialiste, voire dans ceux de l’homme de la rue, ils intègrent la langue générale, en perdant en partie leur statut spécialisé, et entrent par la suite dans les dictionnaires de langue générale.
Comme l’affirme J.C. Boulanger (1989 : 202), « certains néologismes, plus résistants ou plus indispensables que d’autres, se faufilent, plus ou moins rapidement dans les dictionnaires, tandis que d’autres seront mis dans une sorte d’antichambre lexicographique, en attendant la panthéonisation dans les grands dictionnaires »[11].
Ainsi, dans la tradition des études néologiques, les termes naissent dans les textes hautement spécialisés ou officiels. Les divulgateurs (presse écrite et presse orale) se chargent de les diffuser, jusqu’au processus de totale banalisation. En effet, selon la tradition, il s’agit d’un cheminement à sens unique et descendant, axé sur la notion de strates de langues, de strates textuelles et de strates de locuteurs d’une communauté linguistique donnée.
De ces acquis théoriques, il résulte quelques clivages méthodologiques plus ou moins généralisés :
- le lexicologue travaille sur la néologie de la langue générale et le terminologue sur la néologie de spécialité ;
- la néologie de la langue générale, dans différents domaines ou secteurs d’activités, est normalement puisée dans des corpus de la presse générale (quotidiens, hebdomadaires, magazines, etc) ; la néonymie est normalement traitée à partir de corpus textuels hautement spécialisées ou officiels, y compris la presse pour spécialistes.
Toutefois, depuis longtemps, certains linguistes établissent un pont entre ces deux ensembles discursifs. À titre d’exemple, rappelons les travaux de M.-F. Mortureux sur les mécanismes de reformulation lexicale opérés lors du passage des termes des discours spécialisés aux discours divulgateurs. Mais le clivage existe davantage entre ce que l’auteur appelle les discours primaires ou spécialisés et les discours seconds ou divulgateurs.
Dans quelques publications et ceci depuis déjà quelques années, j’ai démontré à plusieurs reprises qu’il faut relativiser les acquis théoriques et méthodologiques précédemment exposés, pour la plupart issus d’une vision uniquement intralinguistique et hérités d’une époque où les nouvelles technologies de l’information et de la communication en étaient encore à leurs premiers balbutiements, et où la mondialisation était encore virtuelle.
Internet et tous les nouveaux outils télématiques viennent tout bouleverser dans la circulation du savoir, non seulement à l’intérieur des langues, mais surtout entre les langues. Les mutations sociales et technologiques des dix dernières années conduisent à des changements profonds dans la circulation des néologismes spécialisés, qui viennent secouer certaines idées reçues d’époques précédentes. À partir d’exemples du français et du portugais européen, il est possible de démontrer comment les recherches comparatives multicorpus conduisent à la compréhension de quelques mécanismes nouveaux dans la circulation des néologismes spécialisés. Lorsque l’on compare des langues et des cultures proches de façon systématique, on peut conclure que les néonymes ne naissent pas toujours dans les textes spécialisés et que les premiers utilisateurs ne sont pas toujours les spécialistes, mais très souvent les divulgateurs. Ainsi, d’une langue à l’autre, on peut assister parfois à un parcours inverse de celui vérifié à l’intérieur d’une seule langue. D’une langue à une autre, le chemin parcouru par un néonyme se fait parfois de la divulgation à la spécialisation, les nouvelles technologies et les médias contribuant en partie au développement de ce processus. De ce fait, une méthodologie conciliant ensembles discursifs de la plus haute spécialisation à la plus grande banalisation s’impose, afin de mieux appréhender la néologie pour mieux la décrire et mieux servir la lexicographie au service de tout usager de la langue et des langues.
Il me faut tout d’abord situer mes choix méthodologiques. Cela fait maintenant plus de quinze ans que je constitue progressivement des corpus de référence dans le cadre de recherches en linguistique textuelle et lexicale de spécialité, dans une perspective comparatiste français-portugais.
Dans le cadre de l’enseignement et de la recherche, je vise surtout trois grandes applications :
- l’enseignement/apprentissage d’une ou plusieurs langues de spécialité ;
- la traduction générale et spécialisée ;
- la «nouvelle » lexicographie spécialisée (électronique) monolingue, bilingue et plurilingue, au service de l’enseignement et de la traduction générale et de spécialité.
Les mémoires en lexicologie et en terminologie réalisés dans le cadre de la filière LEA alimentent en partie nos bases de données textuelles, lexicologiques et terminologiques, notamment dans les domaines des sciences sociales et humaines, politiques, économiques et juridiques et plus récemment dans le vaste domaine des nouvelles technologies, y compris l’informatique et les TIC. Ces bases constituent des corpus diachroniques et, ainsi, des observatoires du français et du portugais contemporains écrits, dans les domaines de référence.
Très liées à la traduction générale et de spécialité pratiquée dans le cadre des enseignements à l’Université Paris 8, elles comportent, en effet, des textes de degrés de spécialisation très variables, depuis les textes hautement spécialisés jusqu’à des textes de la presse générale.
Pour ce qui concerne les critères de constitution des corpus dans les deux langues, ils sont normalement comparables, voire parallèles lorsque cela s’avère possible.
Très souvent, en fonction des activités de traduction du français vers le portugais, nous commençons nos recherches et alimentons nos bases en partant du français de France. Par conséquent, nous pouvons observer de façon systématique non seulement les différentes étapes de naissance, installation et diffusion des néologismes dans chaque langue, mais aussi les processus de circulation des nouveaux termes entre elles, y compris toutes les phases d’instabilité dans l’installation ou refus d’un nouveau terme ou les processus de plus en plus rapides de banalisation des nouveaux termes scientifiques et techniques.
La perspective comparatiste, une méthodologie axée à la fois sur la linguistique textuelle et la diversité discursive et une recherche documentaire qui s’appuie sur les nouvelles technologies nous permettent de mettre en lumière des particularités actuelles de la néologie, parfois invisibles dans la recherche unilingue et unicorpus.
Du point de vue théorique, je soutiens une démarche foncièrement confrontative pour ce qui concerne l’étude de la néologie dans les langues voisines et avoisinantes. Du point de vue méthodologique, je prône une description de la néologie et de la néonymie axée à la fois sur la linguistique textuelle, sur les nouvelles technologies, sur les nouvelles méthodes de recherche documentaire et, surtout, sur la diversité discursive. Autrement dit, je soutiens une méthodologie portant sur des ensembles discursifs de différents degrés de spécialisation, mais sans a prioris stratificateurs qui, à mes yeux, empêchent l’observation réelle des phénomènes néologiques à l’intérieur des langues et des échanges entre langues et cultures.
La comparaison systématique, autrement dit semi-automatique (à travers des outils informatiques comme les concordanciers et les aligneurs) d’ensembles discursifs hautement spécialisés et de grande divulgation, en français comme en portugais, me permet d’affirmer sans crainte qu’il existe des domaines qui pénètrent plus facilement et plus rapidement dans le foyer du locuteur commun que d’autres. C’est, par exemple, le cas de l’informatique et des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ainsi, des néonymes deviennent rapidement des néologismes, parfois à un intervalle de moins d’ un mois entre les premières occurrences dans les textes spécialisés et les premières parutions dans les textes de grande divulgation (des études portant sur le passage à l’oral devraient être encore développées). Seulement une observation et un suivi systématique, ainsi que des statistiques, permettent de vérifier et de contrôler ce genre de phénomènes. De ce fait, si la lexicographie spécialisée a déjà du mal à accompagner le foisonnement néonymique dans les langues, la lexicographie générale contrôle encore moins le passage de la néologie spécialisée à la néologie banalisée. Pour ces raisons, certains principes finissent par s’imposer dans la pratique courante. En lexicographie générale monolingue, le principe de base probablement le plus saillant consiste dans l’intégration de néologismes scientifiques et techniques uniquement quand ils sont déjà bien ancrés dans l’usage des locuteurs non spécialistes, ou bien quand ils sont considérés « d’utilité publique ». En lexicographie générale bilingue, ce principe est encore plus imposant dans la mesure où le choix des entrées est conditionné par la langue source ou par la langue cible, dépendant de l’orientation du dictionnaire bilingue. Normalement, on détermine les entrées néologiques en fonction du potentiel utilisateur et de ses besoins en langue-cible. À ces principes de base, s’ajoutent les politiques éditoriales qui déterminent le nombre d’entrées néologiques à intégrer dans les dictionnaires, indépendamment de tout autre critère. Cet ensemble de procédures a des conséquences non négligeables dans le travail lexicographique, en particulier néographique. Le lexicographe se voit souvent dans un grand dilemme : comment suivre ses connaissances théoriques et méthodologiques et, en même temps, obéir aux directives éditoriales ?
Parmi les travaux en terminographie et en lexicographie, entrepris depuis des années, je prendrai ici un seul exemple, des plus récents. En octobre 2004, j’ai été sollicitée par la maison Larousse pour constituer une équipe, afin de réactualiser, corriger et alimenter un dictionnaire Larousse français-portugais et portugais-français avec environ cinq-cent entrées néologiques (pour chaque langue). Il fallait achever le travail vers la mi-décembre 2004. Ainsi, nous avons pu le réaliser en environ deux mois, en partie grâce à nos bases textuelles de divulgation dans les deux langues. Il est donc paru en janvier 2005.
Les termes banalisés de l’informatique et des TIC sont bien représentés dans l’ensemble des nouvelles entrées de ce dictionnaire, un choix compréhensible de la politique éditoriale. Notons qu’il faut distinguer les néologismes banalisés qui constituent des entrées à part entière et les spécialisations de sens d’entrées déjà existantes. Ainsi, dans la composante français-portugais on en trouvera de nouvelles entrées comme : adresse électronique, ADSL, agenda électronique, antislash, antivirus, capture d’écran, CD-ROM, cédérom, cybercrime, double-clic, double-cliquer, micro-informatique, micro-ordinateur, micro-processeur, PAO, puce, téléchargement, télécharger, Web, webcam etc. ; des spécialisations de sens comme « saisie » ou « désinstaller » en informatique.
Toutefois, l’utilisateur potentiel ayant la langue française comme langue de départ pourra légitimement se poser de nombreuses questions. Pourquoi, par exemple, y trouve-t-on un terme comme « cybercrime » mais pas « « cybernaute », « cybercafé » ou « cyberart » ? Pourquoi y trouve-t-on « adresse électronique » mais pas « commerce électronique », « argent électronique » ou « album électronique » ?
Or, nos bases de données et nos recherches documentaires, par le biais de statistiques bien précises, peuvent prouver que « cybercafé » est même plus banalisé que « cybercrime », par exemple.
Si ce même utilisateur consulte la composante « portugais-français », il pourra à juste titre se demander pourquoi on y trouve de nouvelles entrées comme FTP (protocole de transfert de fichiers), GIF (graphics interchange format), www (world wide web), http, HTML, etc., alors qu’elles ne figurent pas dans la composante « français-portugais ».
Or, ce genre d’asymétrie est bien nuisible à l’image des langues et tout manque de bidirectionnalité entraînent des vides lexicographiques qui n’aident en rien le potentiel utilisateur.
Le choix des entrées relevant de décisions éditoriales qui échappent au contrôle du lexicologue ou lexicographe, concilier le travail de chercheur et les politiques éditoriales n’est pas une tâche facile dans la lexicographie générale. Heureusement, les grandes maisons d’éditions semblent être, malgré tout, à l’écoute des chercheurs. En effet, un projet de reformulation et de refonte du dictionnaire français-portugais et portugais-français se profile déjà au cours de 2005, ce qui représente en quelque sorte une avancée considérable dans la consolidation des liens entre chercheurs et jeunes chercheurs universitaires et les maisons d’édition.
Si le dictionnaire, qu’il soit général ou spécialisé, représente une référence non négligeable pour tout usager d’une langue et des langues, alors tout lexicologue, lexicographe, terminologue ou terminographe est un quelque sorte un aménageur des langues.
Cependant, la chaîne « recherche universitaire – aménagement des langues – industrie dictionnairique » reste encore bien fragile au niveau des liens entre les trois maillons. La recherche universitaire nécessite des moyens nécessaires pour mener à bien la description scientifique des langues, pour que tout aménagement soit fait dans le plus grand respect de l’évolution des sociétés et des différentes communautés linguistiques. Le linguiste peut jouer un rôle décisif dans l’aménagement des langues à condition qu’il soit consulté. Les industries des langues, au sens large, ont ainsi tout intérêt à dialoguer avec les chercheurs, à écouter les résultats de leurs recherches et à intégrer les jeunes chercheurs formés en lexicologie et terminologie, aptes à fournir un travail scientifique de qualité.
Enfin, en ce qui concerne la langue française dans l’aventure informatique, je dirai qu’elle se comporte comme toute langue naturelle dans sa fonction de communication de connaissances techniques. Elle n’est pas seule dans cette aventure mondiale et elle a intérêt à regarder le comportement de ses sœurs dans la même aventure. En tant que linguiste romaniste comparatiste, je ne peux qu’essayer de développer et de promouvoir des comparaisons systématiques et suivies, à mes yeux saines et fructueuses pour tous les locuteurs romanophones que nous sommes.
DESMET, I.(2001) : « Le portugais et le français en dialogue dans la presse écrite : analyse de certains mécanismes de variation linguistique. Variation lexicale intra- et interlangues dans le domaine de la politique internationale », Travaux et Documents n° 11, Presses Universitaires de Vincennes – Saint-Denis, pp. 73-106.
DESMET, I. (2002) : « Néologie du portugais contemporain : une zone d’instabilité linguistique », Actes de la journée « Instabilités linguistiques dans les langues romanes, Université Paris 8, Travaux et Documents n° 16, Presses de l’Université de Vincennes – Saint-Denis, pp.77-99.
DESMET, I. (2003) : « Équivalence et bidirectionnalité dans les dictionnaires terminologiques portugais-français », communication présentée aux IVème Journées d’étude sur la lexicographie bilingue, à l’Institut Hongrois de Paris, sous la direction de Thomas Szende (INALCO), les 22, 23 et 24 mai 2003 (à paraître aux éditions Honoré Champion).
DESMET, I. (2004) : « Modalités de coopération et de formation en lexicologie et en terminologie : coopération locale, nationale et internationale », AET, Actes du IIème Sommet Mondial de Terminologie, Barcelone (à paraître).
DESMET, I. (2004) : « Terminographie d’apprentissage et apprentissage de la terminographie : le dictionnaire électronique bilingue des contrats du commerce international (portugais-français et français-portugais », Études de linguistique appliquée, 135, Paris : Didier Érudition, pp. 286-303.
DESMET, I. (2004) - « La recherche sur les langages spécialisés et les langages scientifiques au XXème siècle », HSK Handbook History of the Languages Sciences, volume III (dir. Sylvain Auroux.), article n° 279, Berlin – New York : Éditions Mouton de Gruyter, collection International Handbook of Linguistic and Communication Sciences (à paraître).
Henri Hudrisier, Université Paris 8 – Saint-Denis
Le marché de la FOAD est un marché qui semble aujourd’hui très inégalitairement réparti sur la planète : 70% pour les USA, 20% pour le Canada, donc 10 % pour le reste du monde[12].
Pour la francophonie universitaire il est évidemment fondamental de savoir s’organiser pour défendre nos spécificités culturelles et notre spécificité linguistique, ainsi que celles de nos langues partenaires qui constituent partout dans le monde le terrain privilégié de l’échange linguistique en français. Il faut constater à ce propos qu’à coté de l’arabe, des langues de la péninsule indochinoise, des langues africaines, l’anglais est une des langues partenaires principales de la francophonie comme l’est le flamand, l’allemand, l’italien et bien sûr les langues de l’Europe orientale, des nouveaux pays entrants de la francophonie.
Les Initiatives universitaires francophones dans la Formation ouverte à distance me dépassent évidemment largement dans la mesure où l'AUF[13] a dans ses missions primordiales le rôle de faire progresser sur le territoire (et au-delà du territoire) francophone des initiatives de FOAD et je me contenterai de présenter les actions qui touchent plus précisément aux aspects normatifs de la FOAD.
Pour le grand public, y compris l’honnête homme cultivé, la norme (ou le standard, les deux mots sont pour beaucoup synonymes) est souvent entendue comme une chose négative, une tendance trop souvent constatée, dans notre monde de consommation de masse, que nous serions condamnés à subir toujours plus de produits standardisés, insipides. Pour ce qui est des produits culturels et des publications scientifiques, subir de plus en plus la domination irrépressible de l’anglais.
Cette vision commune est loin d’être totalement fausse, mais nous devons analyser les questions qui touchent aux standards et aux normes de la FOAD avec une approche beaucoup plus nuancée et documentée.
Les normes (et dans une certaine mesure les standards) sont en effet un des moteurs fondamentaux du système technique post industriel, qui caractérise notre époque.
Sans normes ou standard il n’y aurait pas d’informatique possible (le code ASCII par exemple).
Sans la coordination normative comme celle que conduit l’ISO/CEI JTC1[14] il n’y aurait pas de coordination entre les producteurs de composants électroniques et le monde des créateurs et éditeurs de logiciels, donc pas de codification universelle des écritures (code à 4 octets ISO/CEI 10646 & Unicode), pas de normes numériques pour l’image (JPEG, MPEG), pas de normes d’interopérabilité des métadonnées, pas de travaux pour la normalisation de la FOAD (ISO/CEI JTC1/SC36, en acronyme raccourci, SC36[15]).
Ainsi, pour ce qui concerne des problématiques proches des questions touchant au TICE, l’ISO pilote un certain nombre de comités techniques (en anglais Technical Commitee – TC), un certain nombre de chantiers de normalisation, comme le TC46 « Documentation » (qui a produit notamment les normes du Dublin Core) et le TC37 « Terminologie et autres ressources linguistiques ».
L’UIT (Union Internationale des télécommunications) est elle aussi productrice de normes touchant aux réseaux, qui impactent évidemment aussi sur les TICE.
Entre les normes au sens strict (normes de jure) et les standards fermés strictement industriels (comme Microsoft), il existe un statut intermédiaire que je propose d’appeler « standards collégiaux ». Les recommandations du W3C[16], Unicode, LINUX le LOM (Learning Object Metadata), appartiennent à cette catégorie qu’on peut aussi dire pré-normative.
L’ISO fédère la participation de toutes ses institutions représentatives dans tous ses états membres (avec une voix par pays, par exemple : AFNOR, BSI[17], Conseil Canadien des Normes…). Les pays les plus pauvres bénéficiant de facilités d’assistance à ce niveau, puisque les états développés payent des cotisations plus fortes que les pays en voie de développement. Une représentation nationale, comme l’AFNOR, est évidemment le lieu d’expression d’intérêts très souvent divergents (industriels, institutionnels, académiques, usagers de base) mais la possibilité de participation effective privilégie évidement les plus riches, les plus disponibles, les mieux à même de s’informer et de contribuer. Dans les instances internationales la participation réelle aux rencontres sera là aussi largement tributaire des capacités financières de chaque pays membre pour mandater des experts. De ce point de vue la stratégie affichée de l’AUF consiste précisément à mutualiser un potentiel d’expertise pour assurer la veille et la défense des particularismes des pays composant la Francophonie, dont dépendent ses établissements et universités membres.
Les normes collégiales sont inégales dans leurs conditions d’accès et de participation. Celles du W3C sont connues pour être largement ouvertes à la prépondérance des solutions de la communauté de la recherche en informatique. Elles ont des effets rapides sur le fonctionnement du Web et son évolution. Pour les non spécialistes de l’informatique, cette rapidité et cette modernisation permanente est souvent vécue comme un désavantage, une peur d’être très vite dépassé par le nouveau développement du système technique que constitue le Web.
Les standards industriels peuvent être vus comme une solution avantageuse pour communiquer en étant assurés d’un certain accompagnement pour s’approprier les outils. Cependant, ils ne sont pas forcément ce qui représente mieux les particularismes culturels linguistiques, économiques. Nous ne disons pas pour autant que ces standards n’ont pas des effets intéressants pour ce qui est de la convergence des médias et de l’interopérabilité à l’intérieur d’une gamme limitée de produits et d’application. Le cas de Microsoft Office est emblématique de cette situation. Chaque fois que nous choisissons d’incorporer des standards industriels fermés et monopolistiques dans les environnements de TICE que nous proposons sur le réseau, nous courons le risque de voir confisquer (ou au minimum taxer de royalties) le « bien public de transmission du savoir » que nous avons produit. Dans ces standards la représentation des langues et des cultures n’est pas absente (Microsoft est un des partenaires fondateurs d’Unicode) mais cette attention à la diversité sera strictement dépendante des parts de marché escomptées. Plus grave, comme nous le constatons actuellement avec « l’affaire de la Très Grande Bibliothèque Virtuelle Google », nous risquons de voir des pans entiers de l’accès sophistiqué au savoir devenir l’otage d’un moteur de recherche fonctionnant avec des logiques fermées. Cependant, pour des raisons de choix idéologique et économique, les grands pays anglophones semblent s’être d’ores et déjà largement engagés dans cette voie. Le choix semble plus ouvert pour le monde francophone qui apparaît encore pour Google comme un marché de moindre importance.
Face à l’annonce vertigineuse de Google[18], Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF, présente un programme quinquennal (2005-2009) qui prévoit une numérisation des grands titres de la presse allant du XIXe siècle à la fin de la seconde guerre mondiale. Dès 2006, seront mis en ligne sur le site Gallica quatre quotidiens : Le Figaro, La Croix, L'Humanité et Le Temps (auquel succède Le Monde)[19].
C’est là que les normes peuvent apparaître comme le meilleur choix possible pour préserver la diversité. En effet la normalisation n’est pas la mise à l’identique de tous les produits et services. Elle impose seulement la recherche par consensus des solutions les plus avantageuses, les plus utiles et les plus sûres.
En matière de TIC il s’agit de développer des logiciels et des composants communiquant par leur interopérabilité, de ne pas multiplier des solutions disparates sur les niveaux les plus bas ou les protocoles les plus usités (code de caractères, compression d’image, métadonnées, organisation documentaire ou terminologique). Pour le SC36 il s’agit d’élaborer des normes qui permettront l’interopérabilité et le réemploi maximal des contenus et des plates formes techniques. Pas plus que la standardisation industrielle, qui dépend strictement des logiques de stratégies des grandes multinationales, la normalisation n’est un monde angélique. L’industrie (et c’est bien normal) y a son mot à dire ce qui signifie que le monde académique ou de la recherche publique, ceux qui veulent défendre les autres langues que l’anglais, les pays en voie de développement, les disciplines académiques ou les activités les moins rentables doivent s’impliquer dans les comités de normalisation avec une grande énergie pour pouvoir se défendre. Par un paradoxe qui se comprend aisément, ces minorités linguistiques, ces marchés émergeant des états en voie de développement, ces représentants des disciplines les moins rentable de la FOAD peuvent s’ils persistent et réussissent dans leurs projets finir par trouver l’appui des industriels dans la recherche de consensus en matière de norme. La facilité naturelle fait souvent rechercher aux industriels les solutions de plus grande rentabilité immédiate dans la phase de lancement d’un marché. Cependant, l’ouverture vers les marchés marginaux finit toujours par leur profiter en fin de compte, puisqu’ils s’ouvrent ainsi sur des bassins de clientèle beaucoup plus vastes.
C’est précisément cette logique qui est présente dans le Groupe Marketing du SC36 (SC36-RG1), dans lequel la délégation de l’AUF est très active. Une grande majorité d’experts du SC36 (qui représentent pourtant presque exclusivement des pays développés, parmi lesquels la force d’initiative anglophone est considérable), ont reconnu immédiatement après l’Open Forum de Versailles en 2003[20], qu’ils avaient beaucoup appris grâce aux ouvertures que leur avait données l’AUF. Ils savent aussi qu’ils ont encore beaucoup à apprendre, notamment dans la capacité qu’a l’AUF de s’associer avec des cultures et des langues partenaires, avec l’Union Latine, avec les pays de l’Est ex-soviétiques, nouveaux entrants de la Francophonie.
L’AUF est par nature une sorte de consortium de plus de 524 établissements membres répartis dans une soixantaine de pays. Sa logique planétaire est de ce fait très similaire à celle d’une multinationale dont la localisation géoculturelle serait cependant très dépendante du territoire de la langue française. Sa logique économique est par contre celle d’un rééquilibrage Sud Nord.
Comme pour tout consortium sa logique primordiale est la recherche des économies d’échelle, la volonté de susciter les effets de réseaux, de syndication et d’interopérabilité des technologies et des ressources. Par sa spécificité pragmatique, par rapport aux représentations nationales (NBs = National Body), la logique d’implication de l’AUF parait incomparablement plus cohérente. Toute proportion gardée sa stratégie normative est plus proche d’IBM ou de Matsushita, que de celle de l’AFNOR ou du DIN. Sa capacité d’influencer la décision de tel ou tel comité de normalisation est cependant très différente.
Nous avons vu que les décisions d’un Comité de Normalisation dépendaient in fine des votes[21] qualifiés et dans certains cas nécessairement argumentés, vote fait selon la logique « un pays, une voix ». Ceci avec l’idée que ce qui doit être recherché, c’est avant tout des consensus les plus unanimes possible et pas seulement la majorité simple, qui correspond à des équilibres de décisions très fragiles, sur lesquels il est difficile de construire des normes qui emporteraient une adhésion franche des industriels, donc par la suite la capacité de toucher des publics d’utilisateurs significatifs.
Mais, dans un comité de normalisation (comme par exemple le SC36[22]) il n’y a pas que des États membres (National Bodies ou NBs), il y a aussi des Liaisons : selon l’acronyme anglais, l’ensemble constitue les NBLOs (National Bodies, Liaisons & Observers).
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Les Liaisons sont de plusieurs ordres : |
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Des liaisons internes (avec d’autres comités du JTC1) : par exemple le SC36 entretien des liaisons internes avec le JTC1/SC2 (Codage de caractères), le JTC1/SC22 (Langages de programmation), le JTC1/SC24 (Images vectorielles), le JTC1/SC25 (Interconnection of Information technology equipement), le JTC1/SC27 (Sécurité de l’information), le JTC1/SC29 (Codage de l’audio, des images, du multimédia et de l’hypermédia), le JTC1/SC32 (Data management and interchange : c’est lui qui gère l’interopérabilité des métadonnées), le JTC1/SC34 (Document description and processing languages), le JTC1/SC35 (User interfaces), le JTC1/SC37 (Biometrics). Des liaisons externes (avec d’autres comités de normalisation), ainsi le SC36 entretien des liaisons externes avec l’ISO TC37/SC3 & 4 (Terminologies et autres ressources linguistiques), l’ISO TC46 (Documentation) et l’ISO TC215 (Informatique médicale). Des liaisons C qui sont établies avec des institutions qui contribuent de façon substantielle avec le Comité de Normalisation : pour le SC36, l’IMS (IMS Global Learning Consortium), l’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), le CEN/ISSS/LT (Comité Européen de Normalisation, Atelier sur les technologies éducatives), le DCMI (Dublin Core Metadata Initiative). Des liaisons A, à caractère de reconnaissances diplomatiques, établies à l’ensemble des comités ISO. Elles sont réservées à des institutions non gouvernementales de dimension internationale impliquées dans le processus de normalisation : l’AICC (Aviation Industry CBT Consortium), l’UNESCO, l’AUF. |
Il est aussi intéressant de représenter des « liaisons » au lieu d’appartenir classiquement aux NB. Les NB dépensent au niveau national une énergie démesurée pour établir à leur niveau national des consensus acceptables entre des partenaires, qui sont le plus souvent presque aussi disparates que l’est l’assemblée des NB. On pourrait ainsi décrire les conflits d’intérêt bien légitimes qui traversent la CN36 (Commission Nationale 36, qui constitue le comité miroir français du SC36). Il n’y a aucune raison pour que les experts représentants des universités, qui se sentent concurrentes et qui sont impliquées dans des projets de Campus numériques français différents, soient du même avis que des chercheurs impliqués dans de la recherche universitaire sur l’EAD, le représentant d’AIRBUS, par ailleurs président de l’AICC, qu’un éditeur de logiciel d’apprentissage des langues, le FFOD (Forum Français pour la Formation Ouverte à Distance).
Par contre, les liaisons agissent dans leur rapport avec leur comité d’appartenance (ici le SC36) avec une stratégie d’intervention qui correspond aux nécessités même de la liaison. Le TC46 se focalisera sur les exigences documentaires (en les transcendant forcément) en encourageant les experts du SC36 à dépasser leurs seuls besoins spécifiques, ce qui facilite évidemment la convergence technique. L’IMS défendra lui l’intérêt de ses apports hautement théoriques en matière de modélisation de l’enseignement, l’AICC se focalisera sur les exigences de la formation aéronautique et l’AUF sur la défense de l’autonomie du potentiel de FOAD en français et dans les langues et cultures partenaires.
L’AUF voit aussi dans cette participation un moyen de dynamiser sa veille technologique et l’ouverture prospective sur le devenir de son environnement technologique dominant. Pour préserver son potentiel à savoir économiquement rassembler en réseaux des établissements membres par définition éclatés sur les cinq continents. Ainsi sa capacité de savoir s’impliquer dans des projets de contribution est évidemment très liée à sa grande cohérence stratégique.
Même si la délégation de l’AUF n’a qu’une voix consultative, sa capacité d’influence égale ou dépasse celle de la plupart des NBs. Les industriels savent identifier le rôle de méta consommateur d’un tel réseau, qui représente, bien sûr, des marchés potentiels, rentables même dans les pays pauvres. Le vecteur linguistique représente une garantie de continuité de la dissémination commerciale, permettant, comme on l’a vu des espérances sur des marchés adjacents, pas forcément rentables de prime abord, mais très intéressants en terme de volume global et cela, tout le monde peut le comprendre. Un consortium de 524 établissements membres sur une soixantaine de pays est un interlocuteur non négligeable.
La participation à des comités de normalisation n’a aucun intérêt si cette présence n’est pas liée à des projets de contribution substantielle au processus de normalisation. Cela implique l’implication active d’un noyau d’individus très impliqués et passionnés, liés par une même vision et soutenus par une ou plusieurs institutions comme l’AILF, l’AUF ainsi que quelques universités et centres de recherches.
Celle que j’ai vu la première s’investir avec passion c’est Annie Marcheix. Dans Initiatives 2001 organisé par l’AUF à Beyrouth, elle participe avec Renault Favre (ex Président de Paris 8) et moi-même à l’animation d’une table ronde sur la normalisation des TIC et des TICE. Comme membre de la CN36 (miroir AFNOR du SC36) elle entraîna derrière elle toute une dynamique d’apports critiques constructifs au LOM dans le détail de toutes ses contradictions. Ce fut ainsi grâce à elle et à d’autres membres de la CN36-GE1 (Miroir du SC36-GT1 spécialisé en terminologie) le mouvement irréversible qui devait donner naissance au MLR (Metadata for Learning Ressources) et que Yolaine Bourda a repris depuis avec talent. Pour amorcer une dynamique de contribution, je n’ai pas comme Laurent Romary, Annie Marcheix ou Yolaine Bourda la connaissance profonde des outils informatiques, documentaires ou linguistiques, qui doivent être développés pour réussir à mettre en œuvre ce que nous devons encore faire. Je n’ai pas non plus le talent dans les contacts ou la précision institutionnelle de Didier Oillo et de Jean-Michel Borde. Je sais qu’avec Mokhtar Ben Henda nous devons « animer, vulgariser et impliquer nos étudiants chercheurs » pour faire aboutir de façon irréversible une certaine idée du bien public dans la FOAD appliquée à l’univers francophone, à ses langues et cultures partenaires, à l’Union Latine et à une certaine idée du partage du savoir dans le monde. J’ai la chance depuis début 2004 d’avoir d’être devenu animateur sur ces sujets. La mise en place de SEM@TICE, la venue de Mokhtar Ben Henda comme chef de la délégation AUF au SC36, le projet d’un Open Forum commun à l’AUF et au SC36, à Tunis en novembre 2005 dans le cadre du SMSI, le rapprochement avec l’Union Latine, la mise en place à Montréal d’un groupe de contact entre le NB canadien et l’AUF bureau Amérique du Nord, la participation au CARI (Colloque Africain de Recherche en Informatique) à Tunis, en 2004, autant d’actions qui placent les forces actives de l’université francophone en bonne position.
L’AUF est formellement impliquée dans le SC36 depuis deux ans, elle envoie une délégation depuis mars 2004 et c’est maintenant vraiment que l’avenir nous attend. La position de liaison A que je signalais au début de cet communication nous laisse beaucoup de liberté et fait attendre de nous que nous contribuions de façon substantielle et avec une pertinence qui sera d’autant plus utile à la communauté internationale de la FOAD et à la communauté francophone en particulier que ces travaux seront fait en tenant compte des contributions du SC36 que nous jugeons bonnes ou utiles et en négligeant les escarmouches stériles que nous jugeons non pertinentes.
En appliquant à la lettre les normes de méthode du TC37, en deux mois de travail, Joseph Tientcheu et Béchir Boudhir, (respectivement chercheur à la MSH Paris Nord et thésard à Paris 8) associé au CN36/GE1 à l’AFNOR (Françoise Gérard et Monique Grandbastien), et sous les indications du LORIA (Isabelle Kramer) ont réussi à rendre cohérente la terminologie du SC36 qui piétinait depuis cinq ans.
Sur un site Web francophone, nous pouvons maintenant mettre en place une base de données terminologique multilingue de la FOAD qui aidera le SC36 à disposer d’une terminologie, normalisée et facilement maintenable. Nos ambitions ne s’arrêtent pas là. La Francophonie a tout intérêt à démontrer qu’elle peut être porteuse d’initiatives théoriques, notamment pour tout ce qui touche aux aspects sémantiques de la FOAD. Cette volonté nous a guidés en baptisant notre groupe Sém@tice. Dans le domaine très stratégique de l’interopérabilité des ressources pédagogiques, si nous continuions de nous contenter de négocier pied à pied le projet de développement du MLR avec le collège plénier du SC36, il y a de forte chance de l’embourber à jamais. Les « standardisateurs pionniers » de l’e-learning ne supportent pas (on les comprend) que l’on puisse penser à supplanter le LOM. L’innovation, même pour ce qui est de la recherche-développement de normes a besoin que l’on fasse abstraction des bruits ambiants pour développer des modélisations en suivant une vision prospective, comme celles des premières intuitions du MLR exposées par Yolaine Bourda et approuvées alors par une grande majorité des experts du SC36. Il faut continuer de développer un véritable projet correspondant aux besoins premiers (rendre toutes les ressources éducatives interopérables partout dans le monde). Bien sûr les ressources pédagogiques se multiplient partout en ce moment même ; il est logique qu’elles soient organisées selon des schémas de métadonnées dont les profils d’application sont disparates. Il est logique que les cultures linguistiques partout dans le monde veuillent produire des ressources dans leur propre langue et il est aussi logique qu’elles veuillent les gérer dans leurs langues natives.
Il est cependant inéluctable que le développement des réseaux et des technologies sémantiques exigent toujours plus d’interopérabilité entre ces ressources qu’il est fondamental de pouvoir syndiquer. Dans le groupe des experts qui ont voulu que se mette en place le SC36, certains veulent avancer, d’autres voudraient bien rester sur place, parce qu’ils cherchent à protéger des technologies anciennes, qui répondent, apparemment, déjà aux besoins. La logique de progrès des TIC pousse à faire évoluer la pertinence, ce qui confisquerait (s’ils ne réussissent pas à maintenir leur primauté technologique) leurs marchés actuels. Pour faire avancer la dynamique de progrès, qui correspond à l’idéal de la normalisation interopérable de la FOAD, les institutions, qui ont un statut de « liaisons » sont dans une solution confortable. L’AUF l’est d’autant mieux qu’elle représente un consortium de dimension internationale et que sa logique linguistique est cohérente, que ses choix économiques sont clairs, mais qu’elle dispose cependant des moyens du développement de ses ambitions. Je sais qu’Arbia Ouargli (thésarde en co-tutelle ISD- Tunis et Paris 8) va s’associer pleinement aux travaux du MLR et avec l’aide des autres participants de mon séminaire de doctorants à la MSH Paris Nord nous redéploierons tous le travail terminologique que nous avons entrepris pour qualifier conceptuellement le modèle de MLR proposé au SC36/GT4. C’est seulement à cette condition que nous pourrons démontrer qu’il est possible de rendre interopérables des infinités de ressources pédagogiques partout dans le monde en respectant la spécificité de toutes les langues, de toutes les écritures, de toutes les cultures, de toutes les disciplines, de tous les styles ou philosophie pédagogiques, avec le respect bienveillant des disparités de richesse et de développement.
Le chantier d’avancement de travaux sur l’interopérabilité de l’e-enseignement coopératif est de même nature. Des modèles XML sont actuellement proposés à la normalisation dans le SC36-GT2 est il est certain qu’on assistera à un foisonnement des propositions quelle que soit la bonne volonté de consensus des experts du SC36 ou d’ailleurs. Là aussi il faut qualifier ces schémas XML en les mettant en relation avec une terminologie multilingue de l’e-learning focalisée sur les concepts qui concernent le fonctionnement coopératif. La disparité du monde est évidemment trop grande pour qu’une proposition francophone en la matière soit complète mais nous savons là aussi qu’en mobilisant des jeunes chercheurs francophones nous pouvons réussir très rapidement à proposer un démonstratif crédible. Je sais que c’est le sujet de thèse de Béchir Boudhir et on peu préjuger qu’au rythme de ses premiers travaux nous pourrons faire assez vite des propositions qui devraient pouvoir convaincre la communauté du SC36.
Au-delà de ces premiers résultats en termes de maquette de démonstration, il continuera d’être nécessaire de faire, auprès de la communauté académique francophone, un travail de dissémination des avancées normatives en FOAD. Pour ne pas reculer il faut continuer d’avancer et, pour ne pas perdre l’avantage de ces premiers résultats, il faudra les proposer dans le monde académique francophone pour les implanter dans les établissements membres de l’AUF qui en feraient la demande. Comme toutes ces nouvelles techniques fondées sur la qualification conceptuelle de schéma XML, il faudra s’assurer que la volonté et le savoir faire correspondants existent. En bonne logique cela signifie que les équipes projet du début auront essaimé. Pour ce faire il n’est pas d’autre solution que de mener une politique têtue de formation de formateur et de chercheurs aux nouveaux paradigmes des avancées normatives de la FOAD. C’est un travail que nous avons en partie amorcé avec les rencontres du CARI à Tunis en novembre 2004. Nous allons renouveler l’effort, dans un atelier qu’il est possible d’organiser en marge de l’Open Forum AUF-SC36, qui se tiendra dans le cadre du SMSI (Sommet Mondial de la Société d’Information) à Tunis en novembre 2005.
Il reste un dernier chantier qui nous apparaît fondamental dans le groupe SEM@TICE. Celui d’une convergence synergique entre les progrès du e-enseignement et ceux du Web-sémantique (ou si l’on préfère plus largement du e-sémantique). Il nous apparaît en effet que la FOAD universitaire trouvera très vite ses limites économiques en l’état actuel de ses paradigmes fondateurs : création de contenus spécifiques à la FOAD, même si l’on rend possible automatiquement le réemploi maximal, dans de nombreuses traductions ou adaptations d’usage. L’édition, la production multimédia, la communication sous toutes ses formes (privée, industrielle…) produisent de très nombreux documents, dont la finalité première n’est pas l’enseignement mais qui sont la source même où s’alimente tout étudiant à partir du moment où il doit prendre son autonomie et sa liberté d’approfondissement d’un domaine académique en devenant créateur de savoir. Pour répondre aux besoins de ces étudiants impliqués dans un processus d’apprentissage extrêmement créatif (a priori loin des objectifs de la formation et qui recoupent une proportion très importante de l’activité d’enseignement universitaire, surtout au niveau master ou thèse, et de façon plus marquée en sciences humaines et en doctorat), il faut mettre en place ce e-enseignement- e-sémantique[23]. Il est lui aussi fondé sur le développement concerté de ressources associées à des terminologies des diverses thématiques de recherches dans les disciplines visées. Sur indication de Geneviève Jacquinot, nous savons qu’un groupe de chercheurs italiens travaillent sur les mêmes hypothèses (groupe X-teaching) et nous prévoyons de les rencontrer dès que possible.
Pour réaliser le démonstratif de ce dernier projet nous savons que nous pouvons compter sur les énergies recherches dont nous disposons à la Maison des sciences de l’homme de Paris Nord (Michel Porchet, Joseph Tientcheu, Gabriel Popovici) ainsi que peut-être un certain redéploiement de mon enseignement à Paris 8 dans les prochaines années.
Si de telles méthodes de transmission (ou plutôt de découverte) du savoir nécessitent pour se mettre en place une grande mobilisation de développement normatif (terminologies, ontologie, balisage normalisé des ressources de document, travail collaboratif pour se partager la collégialité tant pour les étudiants que pour les enseignants), il reste que ce type de FOAD n’est pas encore ce qu’un comité comme le SC36 a l’intention de normaliser à court ou même à moyen terme³.
Et pour demain ?
À quoi ressembleront dans une dizaine d’années les systèmes techniques qui serviront de support à la transmission du savoir ? Le téléphone portable y aura certainement pris sa place comme plate-forme universelle. La logique d’équipement en système de base d’information sera dès lors beaucoup plus liée à la démographie du monde, ce qui consacrera une tendance de basculement du marché des TIC d’Ouest en Est. La langue dominante du marché de ces téléphones/plate-forme universelles sera le chinois ce qui mettra certainement fin à la primauté absolue de l’anglais sur les TIC. Enfin la spécificité même du média augmentera sans doute la prépondérance de l’oralité sur l’écrit dans l’information y compris sans doute sur la FOAD. Quels nouveaux destins s’ouvriront dès lors pour les réseaux francophones[24] de l’EAD ?
Nous croyons fermement que l’implication dans les réseaux et les nouveaux projets que nous avons présentés nous permettrons d’anticiper au mieux le devenir de ces techniques et surtout les futurs patrimoines de ressources éducatives qu’elles permettront d’aménager.
Joseph TIENTCHEU, Béchir BOUDHIR, Université Paris 8, MSH Paris Nord
On peut déduire trois enjeux majeurs de la terminologie, terme polysémique de par sa définition :
1) Un enjeu ou une ambition scientifique : un processus initié par l’humain, transitant (à des fins de codification) par la machine, à l’intention de l’humain. Un rôle, un format, un contenu, une structure, des relations et des dépendances, une origine et une démarche globale.
2) La terminologie détermine aussi une capacité à agir, c’est une activité proche du management où elle apparaît à travers des actions conjointes et/ou collaboratives qui s’appuient sur des normes comme tentative d’ajustement d’outils les mieux partagés entre experts ou communautés ayant en commun un intérêt donnée.
3) Enfin la terminologie, de par son système global (ses concepts et ses termes), peut être vue comme un espace de construction des entités et de méthodes (termes et graphes), de coordination et de régulation : c’est donc aussi un produit terminologique qui en tant que tel désigne un ensemble des termes techniques propres à une science, à un art ou à un groupe d'individus. Cet ensemble structuré de termes liés à la FOAD est représenté ici par la fiche terminologique 2382 du SC36 WG1, sa terminologie dédiée, c’est-à-dire ses termes spécifiques constituent un ensemble de mots techniques volontairement délimités thématiquement.
Nous utilisons ici la démarche dite onomasiologique c’est à dire qui part des concepts pour les organiser en domaines de concepts au premier niveau. Ces domaines constituant des entités observables pointant ensuite sur des registres de langues, voire des langues de spécialités ou disciplines ou univers des possibilités (deuxième niveau) contenant des termes (à un troisième niveau).
En d’autres termes, on part du concept ou sens en tant qu’unité de connaissance constituée, on décompose ensuite en domaines de concept qui sont des sphères (facettes) observables fortement délimitées, abstraites du concept générique et qui possèdent (même partiellement) des caractéristiques, traits ou attributs en commun avec le concept de départ.
Cette démarche se veut orientée terminologie et repose à la fois sur une démarche rationnelle qui prend en compte les subdivisions établies et admises par les spécialistes du domaine, qui considèrent celui-ci comme une totalité basée sur leur utilisation sémantico-terminologique de l’univers du problème avec des ambitions d’interopérabilité et de multilinguisme.
La démarche inverse (pour rappel), dite sémasiologique, part des termes, des mots ou des expressions (syntagmes) pour pointer sur leur signification (des concepts et leur définition). En d’autres termes, cette dernière stratégie d’analyse étudie le sens à partir d’un mot ; la présentation sera alors alphabétique, et non conceptuelle ; cette méthode à souvent cours en informatique et sert ici quelquefois à des fins de précision..
La modélisation pour les deux démarches respectives citées ci-dessus, inaugure toute une procédure de classification ou taxonomie[25] et plus tard son implémentation comme la reconnaissance d’un ensemble d’objets reconnus tels qu’existant dans notre univers du discours. On reconnaît là la définition d’une ontologie en ingénierie des connaissances (base de connaissance).
L’intégration de la fiche terminologique 2382 du SC36 WG1 est une mise en œuvre des techniques opérationnelles de tout ou partie de ce que nous annonçons ci-dessus et se veut réutilisable. La démarche de décomposition est partitive et (pour rappel) la méthode onomasiologique.
En dehors des relations partitives, il existe également des relations génériques et qui auraient pu être choisies ici, mais qui ne modifient en rien à ce stade les résultats même de la démarche.
On part du concept central décomposé de manière pertinente en domaines de concept pour aboutir à un registre de termes.
Le bloc des rectangles ci-dessous décrit en la résumant notre démarche.
CONCEPT(S) DOMAINE(S)
DE CONCEPT
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REGISTRE DES
TERMES SPÉCIALISÉS
Les registres des termes spécialisés obéissent d’une part aux principes de la TMF (Terminological Markup Framework) qui classent les termes dans dix sous-groupes ou catégories en fonction de leur finesse ou niveau de granularité et qui permettent un codage bien précis selon leur typage, Norme ISO [1262O]. La décomposition du concept en domaines de concept respecte en tout point les conditions de la Norme ISO [704] qui stipulent les modes opératoires à prendre en compte, c’est-à-dire :
- Analyser la compréhension et l’extension de chaque concept ;
- Choisir le champ conceptuel, les désignations et les concepts préliminaires du domaine ;
- Déterminer la relation et l’emplacement de ces concepts au sein du système de concepts ;
- Formuler et évaluer les définitions correspondant aux concepts à partir des relations conceptuelles ;
- Attribuer des désignations à chaque concept.
Le Livre Blanc sur Syntax[26] nous en indique les principes fondateurs.
La norme 704 analyse et organise les concepts sur la base des notions identifiées dans un système onomasiologique.
Chaque concept doit être défini à la fois de façon indépendante au réseau, c’est-à-dire pour lui-même ; mais également dans ses relations avec les autres concepts.
Par la suite, les différentes représentations lexicales (termes) du concept pourront être
déterminées par langue
De manière opérationnelle, il s’agit de :
Modéliser les structures des concepts à partir des connaissances propres à un domaine.
Clarifier les relations entre concepts.
Constituer la base pour une terminologie unifiée et normalisée.
Faciliter l'analyse comparative des concepts et désignations de plusieurs langues.
Faciliter la rédaction de définitions.
E-LEARNING
Users, organisations and roles Process Learning and
training
Information Systems Resources Learner
Technologies and Contents informations
and tools
Les domaines de concept de l’E-Learning, représentés ci-dessus nous sont donnés de manière consensuelle et sont en rapport avec la modernité du concept et tout expert du domaine est en droit d’y reconnaître leur actualité.
La première étape de l’élaboration du modèle consiste à rechercher une forme minimale du système, qui constitue pour nous une sorte de système canonique.
Une des décompositions partielles de notre concept de la FOAD (l’E-Learning) pourrait être ce qui suit :
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Resources Process Learning
& contents & Training
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Method
Discipline Strategy

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Teaching method Means
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![]()
Learning Training Tutoring
Strategy Strategy
Discipline Domains
Entry Prior Situated
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![]()
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Level Learning Learning
Subject Topic Learning Style
Nous pouvons remarquer que cette forme simplifiée inclut déjà trois des sept domaines de concept de la fiche terminologique 2382 : il s’agit des domaines de concept : processus, ressources et contenus, enseignement et apprentissage.
Les éléments du domaine de concept pointent ensuite vers des termes à un troisième niveau, qui (selon le dictionnaire terminologique PAVEL) sont de fait la dénomination spécialisée qui désignent un objet, concret ou abstrait, et qu’il est possible de définir de façon non équivoque dans sa lexicalisation comme une unité de connaissance dans une langue individuelle.
La décomposition à partir des domaines de concept et la réalisation des graphes liant ceux-ci aux termes, explicite les liens hiérarchiques entre ces derniers qui deviennent ainsi :
Pour les domaines de concept, ils sont de véritables droits d’entrées terminologiques d’une terminologie normalisés ISO[704], on en déduira des termes et leurs définitions exigés par la fiche 2382.
Pour les termes, ils deviennent des éléments indispensables pour élaborer des définitions normalisées, c'est-à-dire des définitions non redondantes par rapport aux entrées terminologiques voisines dans le système de concepts.
PROCESS
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![]() |
||||
Access Authentication Authoring Learning
resource Assessment
management metada
![]()
![]()
![]()
![]()
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Accessibility
process
Learner Competency E-portfolio Session
information
Access Accommodation
Management information
Learner Performance Transcript
Preferences information (learner record)

An Idea of Users, Roles and Organisations
Users, organisations and roles
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Agents Roles & Organisations
![]() |
|||
Participants Distance Intelligent Computer-based
Learning tutoring
system training
Learner Tutor Content author Instructional Instructor Teacher Trainer
designer


![]()


Informations about learner
Bookmark Learner Learner Preference Score Test / Exam
history objectives information
Chatroom Learning style
À ce degré d’avancement du travail, nous constatons que nous avons intégré 65 termes sur un total de 107 termes sélectionnés dans la fiche terminologique 2382, soit environ deux tiers des termes.
Quelques remarques :
- Le système de concepts met en évidence des implicites d’appellation de certains termes qui demandent à être précisés pour répondre à un usage réellement spécifique de leur domaine. C’est par exemple le cas des acronymes.
- La démarche de ces appellations implicites est parfaitement légitime, nous la qualifierons quelque fois dans une terminologie de « forme courte » c'est-à-dire précisément une forme linguistique ne tenant pas à préciser chaque fois le domaine d’usage du concept, comme précisé dans la Norme ISO[12620] concernant les catégorie de données qui stipule en les précisant les particularités d’utilisation des formes courtes ou abrégées.
L’effort initial porte sur l’identification des domaines de concept[27] fondamentaux, véritables artéfacts du développement qui constituent les bases de départ de notre architecture. Divers experts et normalisateurs doivent s’accorder sur l’importance relative de chaque domaine de concept, ensuite vient l’identification et la définition sémantique du terme dans une langue de spécialité. La terminologie à notre avis doit à la fois être simple, expressive et intuitive.
Nous pouvons remarquer que les modalités de décomposition (partitives, génériques, associatives) forment tout l’univers du possible pour cette question tant pour la transformation de concept en domaines de concepts, que pour l’établissement des terminologie qui ne se situent pas dans la même dimension. Cette démarche récursive ou métamodélisation (modèle du modèle) permet de décomposer de manière quasi infinie les domaines de concepts jusqu’à l’obtention du domaine de concept élémentaire acceptant un terme associé. On obtient en fin de compte les données associées aux termes définis ou des métadonnées qui vont décrire d’autres données.
Il faut y voir un des avantages qui va permettre des formes de regroupement pertinents par rapport à des sujets dont l’intérêt immédiat pouvait ne pas être d’emblée évident. On y perçoit de manière sous-jacente le rôle intégrateur des Cartes de Sujets ou Topics Maps où l’informatique donne sa pleine mesure en donnant la possibilité d’assembler ce qui ne l’était pas jusqu’ici.
Une carte de sujet (topic map), sous la forme d'un fichier XML, ou traitée par un logiciel spécialisé, a pour objectif :
- de fournir un ensemble organisé de sujets (représentation formelle de sujets bien identifiés),
- de fournir un ensemble de liens sur les ressources documentaires indexées par ces sujets,
- de fournir des relations sémantiques entre ces Sujets, exprimées sous forme d'Association où chaque sujet joue un rôle spécifique.
En prenant en compte tous ces principes : les conditions d’organisation des domaines de concept (norme ISO 704), la classification des termes obtenus selon les principes de la TMF et de la norme ISO 12620 et les possibilités offertes par les cartes de sujets, c’est aussi de l’élaboration d’un métamodèle qu’il s’agit.
Un métamodèle décrit de manière formelle des éléments de modélisation (domaines de concept) ainsi que la sémantique (terminologie) qui va avec. Le gain d’abstraction induit par l’élaboration d’un métamodèle facilite la généricité et l’identification d’éventuels incohérences. Un modèle est une description abstraite d’un système ou d’un processus, c’est une représentation simplifiée à solution non unique qui permet la compréhension et la simulation. Cette non unicité du modèle va mobiliser les normalisateurs dans la recherche de consensus sur un point de vue nécessitant une convergence, donc leur acceptation.
Nous pouvons affirmer que la force de cette démarche réside aussi dans sa double capacité à décomposer (Concept/domaines de concept/terminologie) et à recomposer (cartes de sujets). Tous ses mécanismes concernent indistinctement les aspects statiques et dynamiques de notre modèle de représentation.
Chaque domaine de concept correspond à une vue particulière du domaine du problème. On peut parler à leur propos de spécification partielle d’un observable dans la mesure où ce qui est spécifié pour un domaine est insuffisant pour caractériser le concept supérieur.
L’intentionnalité ici se mesure à la liberté du normalisateur de reproduire un observable particulier parmi les observables possibles dans la limite des spécifications reconnues par la communauté des experts.
On peut considérer à un premier degré d’explication un observable comme une instanciation simplifiée (la forme canonique simplifiée représente ici un cas possible d’utilisation).
Tout ce qui est dit ci-dessus vient renforcer notre démarche fonctionnelle et pour celui qui s’intéresse à la normalisation applicable dans son domaine de spécialisation ou dans sa langue d’utilisation, cette façon de faire n’est en rien dé-réalisante.
Les spécifications des catégories de données qui concernent dans notre notation les définitions et les comportements sont réparties en trois groupes majeurs qui concernent :
- les catégories de données pour les termes spécifiques et les termes liés à l’information,
- les données descriptives,
- les données d’administration.
Ces mêmes groupes sont catégorisés par la suite en dix sous-groupes, leur finesse ou niveau de granularité permet un codage bien précis selon leur typage à partir des groupes majeurs.
Le sous-groupe 1 : terme de la catégorie de données et terme ou autre information traitée en tant que terme ( par exemple : les syntagmes ou le texte normalisé).
Le sous-groupe 2 : catégories de données qui fournissent de l'information liée au terme.
Le sous-groupe 3 : catégories de données concernant l'équivalence entre les termes affectés aux mêmes notions ou à des notions très proches.
Le sous-groupe 4 : classification des notions en domaines et en sous-domaines et sur d’autres informations touchant à la classification.
Le sous-groupe 5 : description de la notion, c’est-à-dire les différents types de définitions, d'explications et de contextes fournis pour définir ou déterminer le domaine et la notion à laquelle un terme est affecté.
Le sous-groupe 6 : relations entre des notions.
Le sous-groupe 7 : structures notionnelles.
Le sous-groupe 8 : notes.
Le sous-groupe 9 : catégories de données utilisées dans la création de langages documentaires et de thésaurus.
Le sous-groupe 10 : toutes les autres catégories de données strictement administratives
AUSSENAC-GILLES N. et CONDAMINES A., 1999, Bases de connaissances terminologiques : Enjeux pour la consultation documentaire, in Organisation des connaissances en vue de leur intégration dans les systèmes de représentation et de recherche d'information (eds. MANIEZ J. et MUSTAFA EL HADI W.), UL3 Travaux et recherches; Lille, octobre [1998]; pp. 133-150.
Gruber T. R.. A translation approach to portable ontologies. Knowledge Acquisition, 5(2):199- 220, 1993
Hudrisier H, 2003 Presentation of a standarized methodology for the SC36 in collaboration with Annie MARCHEX, Odile ARTUR, Nadine LUCAS, Laurent ROMARY and Rachid ZGHIBI Working Group 1 – Kiev 25-26 May 2003
Laureilhe M-T. 1981. Le thesaurus, son rôle, sa structure, son élaboration. - 2ème éd. – Villeurbanne : Presses de l'ENSB. 88p
Otman G., 1997, Les bases de connaissances terminologiques : les banques de terminologie de seconde génération, Méta, XLII, 2, p.244-256.
Romary L. 2001. “ Un modèle abstrait pour la représentation de terminologies multilingues informatisées “. In Cahier GUTenberg . N°39-40. Mai 2001. p. 81-88
Muller Pierre-Alain Modélisation objet avec UML en collaboration avec Nathalie Gaertner Eyrolles Deuxième édition, Mai 2002
Didacticiel : http://www.termium.com/didacticiel_tutorial/francais/lecon1/page1_2_7_f.html
Mokhtar BEN HENDA
Mcf-DHR, Institut Supérieur de Documentation,
Université la Manouba, TUNISIE
Mokhtar.Benhenda@isd.rnu.tn
La généralisation des TIC et de leurs modes d'application à échelle planétaire fait face à des non conformités d'usage inhérentes aux milieux linguistiques et culturels qui les caractérisent. La tendance actuelle vers une normalisation des pratiques et des usages des TIC et de l'IST dans l’enseignement à distance, l’un des domaines d'application stratégique admis par la communauté internationale pour lutter contre la fracture numérique, et renforcer le principe de la connaissance partagée, bute contre cette diversité parfois voulue pour des raisons identitaires, mais également porteuse d'un jeu de rôles inégalé entre les acteurs de la société de l'information : inégalité d'accès aux ressources, manque de sensibilisation des entités minoritaires etc. L'objectif de ce papier est de s’arrêter, sur quelques repères de ce particularisme linguistique et culturel des entités dites « minoritaires » et des opportunités que la normalisation pourrait leur fournir selon des stratégies diverses pour optimiser leur intégration dans le processus international de la FOAD.
Introduction
Il a été toujours question, depuis le début de l’ère numérique, de se poser les questions inhérentes à la participation des pays en voie de développement dans le processus de la société de l’information et du village planétaire qu’engendre la ruée massive vers les technologies de l’information et de la communication. Que ce soit pour des raisons économiques, culturelles, d’alliances stratégiques, d’aide au développement etc., les pays du sud (ou autrement qualifiés de pays en voie de développement), ne cessent de susciter les polémiques de l’inégale répartition des ressources, du déséquilibre des moyens et des chances de développement durable, de l’isolement progressif et de la fracture numérique qui ne cesse de s’accroître avec le temps. C’est là, d’ailleurs, l’un des soucis majeurs du programme du sommet mondial de la société de l’information exprimé à travers ses deux documents officiels : la déclaration des principes et le plan d’action. Les initiatives internationales pour intégrer davantage les pays du sud dans le processus de développement et les ramener à des niveaux de participation plus évolués, voire compétitifs, dans divers domaines ont pourtant marqué l’histoire des relations Nord/Sud depuis toujours. Elles n’ont cessé de prendre des dimensions multiples sous forme de programmes d’aides économiques, de transferts de technologies, de développement de compétences humaines et de savoir faire local. A l’ère de la mondialisation et de la réseautique, un nouveau modèle de coopération et d’aide au développement ne cesse de confirmer son importance et son efficacité : la standardisation et la normalisation. Beaucoup de domaines sont aujourd’hui soumis à des efforts de normalisation guidés par des soucis de qualité, de conformité internationale, de coopération multilatérale, de compétitivité et de concurrence économique. La norme ISO 9000 a été l’un des acteurs stratégiques du lancement d’un processus qualité des entreprises dans beaucoup de pays en voie de développement soucieux de conformité avec les exigences de la compétitivité internationale. Un domaine plus récent de l’univers numérique, soumis à ce souci de standardisation et de normalisation, est sans doute le phénomène de la formation ouverte et à distance (FOAD) et de l’enseignement à distance. Encore une fois, la question est de savoir comment appréhender le rôle que jouent les pays en voie de développement dans ce processus et quelles sont leurs chances de se faire une place dans l’échiquier des enjeux et des objectifs qui marquent ce domaine stratégique de développement ?
La FOAD, un secteur stratégique de développement durable
La stratégie déployée depuis quelques années pour promouvoir un phénomène universel qui change progressivement le monde de la formation académique et professionnelle se base sans doute sur le principe de la formation ouverte et à distance. Mais mon souci ici n’est pas d’exposer les mécanismes de la FOAD, ni de détailler ses attributs ni ses avantages pédagogiques, spatiaux, temporels et économiques pour tous les acteurs qui y contribuent, tellement ces caractéristiques sont aujourd’hui abordées partout et par tous. Mon regard est plutôt porté sur les facteurs de son intégration dans les panoramas nationaux et internationaux de l’enseignement, de la recherche et du développement en tant qu’acteur scientifique, économique et culturel ainsi que sur les choix stratégiques qu’il est censé prendre et les rôles clés qu’il est appelé à jouer comme catalyseur de développement durable. C’est en fait dans une stratégie d’étapes validées qu’une technologie quelconque ou une procédure déterminée devrait s’intégrer dans le schéma général d’une politique, d’un programme ou d’un système technique de grande envergure. Car, comme le spécifie bien Henri Hudrisier, enseignant chercheur à l’Université de Paris 8, « s’il est possible de scénariser des grandes tendances correspondant à ces générations de systèmes techniques, de systématiser les logiques de convergence et de recherche-développement industriel, par contre, le devenir conjoncturel des différents domaines technologiques des TIC dépend beaucoup plus étroitement du degré d’appropriation social de la technoculture et conséquemment du volume et de la forme d’initiative socio-économique en matière d’information et de communication ». Or, en ces temps de mondialisation des systèmes d’information et de communication ouverts et distribués, les degrés d’appropriation sociale restent très tributaires de la conjoncture mondiale et des grandes options politiques et de la réalité des relations internationales (politiques ou économiques) qui régissent le cadre englobant dans lequel est envisagé la réussite ou l’échec d’une politique de développement quelconque. L’acquisition et la transmission du savoir ont, de la sorte, toujours été profondément marquées, à chaque grande révolution des techniques d’information, par une reconsidération des systèmes véhiculaires de la connaissance et des modalités pédagogiques de sa transmission.
En réalité, l’aboutissement universel à ce nouveau créneau de développement qu’est la FOAD, dans sa dimension technologique actuelle, est sans doute le fruit d’un processus dont les origines ne remontent pourtant pas très loin dans l’histoire. Sans besoin de revenir aux origines anciennes de la formation à distance, comme d’ailleurs les détaille Bernard Blandin[[1]], son aspect moderne, basé sur l’usage de la technologie numérique reste largement tributaire du développement récent du domaine des technologies de l’information et de la communication et plus particulièrement des réseaux de télécommunication et téléinformatiques. Ce secteur technologique, comme nous le savons tous, est le pivot principal sur lequel s’est construite la société de l’information d’aujourd’hui. Tirant profit de la technologie des réseaux ouverts et distribués, de l’architecture client-serveur et des protocoles de communication qui régissent la transparence des échanges numériques et l’interopérabilité des systèmes téléinformatiques, la formation ouverte et à distance s’est vite imposée comme un choix stratégique et une alternative pédagogique à valeurs ajoutées importantes pour les institutions et les structures dotées des équipements nécessaires pour l’appliquer. Les pays développés, et tout particulièrement les Etats-Unis, ont été les premiers à se lancer dans cette expérience et à promouvoir ce créneau de développement pour des raisons de qualité et de rentabilité économique. Le domaine de l’aviation a été le premier à déployer des mécanismes d’apprentissage en ligne. C’est en 1988 qu’aux Etats-Unis, des compagnies aériennes, des constructeurs aéronautiques, des producteurs d’enseignement assisté par ordinateur fondent l’Aviation Industry CBT Committee (AICC). Leur objectif était de mettre en place des spécifications techniques uniformes pour les ressources qu’ils utilisent dans leurs programmes d’enseignement assisté par ordinateur. Le modèle s’est ensuite généralisé pour devenir un leit motiv des structures nationales, régionales et internationales, voire des états, qui ont vite compris les enjeux d’un tel processus. Le phénomène a explosé durant les années 90 pour accaparer l’attention de tous les acteurs sociaux, culturels, économiques et politiques, à tel point qu’il a été inscrit comme l’un des points clés de la lutte contre la fracture numérique lancée à travers le sommet mondial de la société de l’information. On lit d’ailleurs dans le texte de la déclaration des principes du SMSI que « … l'apprentissage à distance et d'autres services spéciaux, comme la télémédecine, peuvent apporter une contribution essentielle à l'employabilité et aider à tirer parti des nouvelles possibilités qu'offrent les TIC pour les emplois traditionnels, les emplois indépendants et les nouvelles professions » [[2]]. Dans les termes du plan d’action, le chapitre réservé au renforcement des capacités stipule « Développer l'enseignement et la formation à distance et d'autres formes d'enseignement et de formation dans le cadre de programmes de renforcement des capacités … Appuyer les principes et les normes relatifs aux métadonnées afin de faciliter la coopération, ainsi que l'utilisation efficace des informations et données scientifiques collectées pour les besoins de la recherche scientifique » [[3]].
Ainsi, le chapitre de la FOAD est bien ancré dans les préoccupations des structures internationales du développement économique et dans leurs objectifs de lutter contre la fracture numérique. Par sa vocation de remise en cause des contraintes inhérentes à la disponibilité des ressources et à l’accessibilité aux contenus de l’Information Scientifique et Technique, l’enseignement à distance vient renforcer le principe du partage et de la coopération universelle sans contraintes majeures entre les communautés scientifiques et académiques. Ses acquis pour le développement durable ne sont désormais plus à prouver. C’est dans ce sens particulier de suivi et d’anticipation à un créneau qui évolue en silence, qu’il est désormais recommandé de voir les pays émergeants faire figure, même symboliquement, au sein des structures penchées sur la question des normes en enseignement à distance. Les questions qui s’imposent concernent donc l’état des lieux en termes de sensibilisation des pays du Sud à ce créneau innovant, les handicaps à leurs intégrations dans le processus mondial de la normalisation et les perspectives dans lesquelles les normes et les standards en FOAD pourraient répondre à leurs besoins particuliers de développement.
La réponse à ces questions soulève certainement une grande multitude de variables qui touchent obligatoirement une série de contraintes de tout genre : économiques, historiques, politiques, technologiques etc. Toutes ont fait l’objet de beaucoup d’études et d’analyses abondantes pour démontrer le facteur univoque de l’inégale répartition des richesses et du déséquilibre des moyens et des opportunités de développement. Or, un domaine particulier, non moins crucial que les autres, mérite toujours une attention particulière : la diversité linguistique et culturelle désormais conçue comme l’un des obstacle à la mondialisation et à l’harmonisation des modèles de développement économique et social. Ses conséquences allaient également se répercuter sur des domaines moins évidents comme la normalisation et la FOAD.
La diversité culturelle et linguistique : quelles solutions pour la normalisation FOAD ?
Bien que tout au début de l’ère numérique, tout convergeait vers une unipolarité linguistique et culturelle presque unanime, en l’occurrence anglo-saxonne et plus particulièrement américaine, le monde aujourd’hui est dans une phase de renfoncement de la diversité culturelle et linguistique dans laquelle il trouve un enrichissement de civilisation plutôt qu’une entrave à l’épanouissement de l’humanité. La citation, devenue célèbre, de Bernard CASSEN « le tout anglais n’est pas une fatalité » se confirme progressivement [[4]]. La diversité culturelle et linguistique, concernant l’identité même des personnes et des sociétés, ne peut se démettre de ces deux concepts « sacrés » qu’il serait toujours très difficile de modifier dans le référentiel identitaire des gens. Face à l’hégémonie langagière et culturelle anglo-saxonne véhiculée dans les normes de codage des caractères informatiques, les autres langues latines et non latines ont vite réagi pour instaurer des normes nouvelles de codage respectant la diversité linguistique. Sont ainsi apparues les normes ISO 8859, Unicode et ISO 10646, comme un enrichissement technologique multilingue certes, mais aussi comme une réaction sans équivoque à une tendance unipolaire anglo-saxonne. D’ailleurs, Claude De Loupy, chercheur au laboratoire d’informatique d’Avignon, rapporte un extrait de la Déclaration Universelle de Droits Linguistiques, mise en place en juin 1996 par plusieurs organisations non gouvernementales provenant de 90 pays différents et de tous les continents. L’article 40 de ce document qui vise à établir les droits inaliénables de toute communauté linguistique afin de préserver son identité culturelle stipule que « Toute communauté linguistique a le droit de disposer, dans le domaine de l'informatique, d'équipements adaptés à son système linguistique et d'outils de production dans sa langue, afin de profiter pleinement du potentiel qu'offrent ces technologies pour l'auto-expression, l'éducation, la communication, l'édition, la traduction, et en général le traitement de l'information et de la diffusion culturelle » [[5]]. Or la réalité actuelle est toute autre. Le déséquilibre linguistique et culturel numérique est une réalité vécue [[6]]. Les statistiques et les analyses démontrent toujours un écart grandissant entre les « technologiquement riches » et les « technologiquement pauvres ». « Haves » et « Have nots » se distinguent toujours sur les trois principaux plans des commodités technologiques : infrastructure, logiciels applicatifs et contenus numériques.
Pourtant, sur un plan technique, les locales [[7]]
en informatique sont aujourd’hui un garant d’internationalisation (i18n) et de
localisation (l10n) des solutions logicielles et des applications informatiques
de traitement des données. Elles spécifient les caractéristiques culturelles
des groupes d’utilisateurs comme leurs systèmes métriques, leurs calendriers,
leurs systèmes monétaires etc. Sauf que, si cette réaction brusque à su contourner
l’enclos anglo-saxon, au profit des langues essentiellement européennes, les
langues dites minoritaires sont restées en laisse de cette évolution
technologique. Elles devaient ensuite subir des efforts d’adaptation et des
solutions de rechange qui ne répondaient pas souvent à leurs particularismes
linguistiques et culturels. Même Unicode, dans sa portée multilingue
universelle présente toujours des carences au détriment de beaucoup de ces
langues dites minoritaires.
D’un point de vue applicatif, les pays émergents n’ont toujours pas pu, à l’exception très symbolique de l’Inde [[8]] parmi les premiers producteurs mondiaux de logiciels, contre balancer les grands gourous du marché mondial du soft. Mais les solutions et les correctifs d’i18n et de l10n ont contribué à résoudre partiellement les problèmes d’adaptabilité linguistique et culturelle des langues dites minoritaires.
Au fait, c’est sur le plan des contenus d’information que la présence des pays en voie de développement est alarmante. Avec un taux inférieur à 1% de ressources locales sur Internet, les pays en voie de développement se voient devant deux situations polémiques : soit subir les effets de l’influence étrangère à travers une production scientifique et technique totalement importée, soit être exclus du courant international du flux des données et de l’échange de l’information. Dans les deux cas de figures, les conséquences sont néfastes. D’ailleurs, les orientations politiques générales n’ont parfois pas la liberté du choix. La mondialisation est un phénomène qui englobe tout le monde, de force ou de gré, dans un processus de collaboration, d’échange et de partenariat. Les pays du Sud n’ont donc presque pas de choix devant certains phénomènes mondiaux et leurs conséquences directes ou indirectes. Les TIC sont un choix inaliénable pour tous. Leurs retombées économiques, sociales et culturelles ne nécessitent plus de preuves. Les organismes d’aide au développement comme l’Unesco, le Pnud, la FAO, la Banque mondiale etc. en font des stratégies de développement à tous les niveaux.
Ramené dans un environnement de formation à distance, cette démarche d’intégration dans le cadre de la mouvance internationale, exprimée par beaucoup de pays émergents pour la migration vers un enseignement à distance et une pédagogie numérique innovante, est à l’image de l’évolution mondiale rapide et spectaculaire de l’univers de l’éducation en général, et académique en particulier, dans sa migration progressive d'une démarche éducative hiérarchique vers un mode d’apprentissage coopératif. Ceci sous-tend une refonte systématique des modèles classiques d’enseignement et l’introduction d’une conception plus participative des procédures de l’acquisition du savoir et de la gestion des connaissances via les TIC. En somme, l'enseignement à distance, tout en s’appuyant sur les TIC sous forme de travail en réseau pour la mise en commun des ressources universitaires, apporte à la formation plus de flexibilité, une meilleure gestion des ressources humaines, une maîtrise pédagogique plus adaptée et un système d'apprentissage dynamique et très ouvert. Sauf que pour s’adapter à l’ère du temps et se souscrire aux enjeux éducatifs qui se profilaient depuis longtemps à l’échelle internationale, les pays émergents ne doivent pas uniquement relever le défi en adhérant uniquement au effort de la normalisation de la FOAD qui se travaille actuellement au sein des structures internationales de normalisation. Ils doivent aussi y contribuer par une production de leurs propres ressources pédagogiques qui sauraient répondre à leurs particularités culturelles et scientifiques propres.
Or, à priori, la barre est encore assez haute pour prétendre développer des contenus pédagogiques qui répondraient à tous les critères de performance de la FOAD. Où se situe donc le hic ? Qu’est ce qui manque à l’initiative des pays en voie de développement pour s’inscrire dans l’optique des valeurs ajoutées de la FOAD ? La réponse est dans un seul mot magique, un passage obligé et incontestable : la Standardisation et la Normalisation. En effet, cette évolution mondiale de l’univers pédagogique de téléenseignement est très largement tributaire des activités de normalisation et de standardisation des structures ayant œuvré autour de l’EAD depuis longtemps comme l’AICC et l’IEEE. Toutes ces institutions et structures de recherche, et tant d’autres, des milieux de l’éducation/recherche, de la recherche/développement, de l’industrie et du commerce ont très vite compris l’enjeu stratégique que représente l’EAD sur tous les plans, non seulement économiques et industriels, mais aussi linguistiques et culturels. Toutes se sont alors lancées dans la course contre la montre vers l’adoption d’un standard ou d’un autre, et toutes se sont aussi préoccupées par un positionnement stratégique par rapport à la norme qui se profile à l’horizon. Rien d’étonnant à cela quand il s’agit d’information, à l’ère de la société de l’information, et de connaissances ainsi que des modèles de leur transmission dans un monde caractérisé par l’économie de l’information et la capitalisation du savoir.
Les pays du Sud : quelles voies de contribution normative dans la FOAD ?
Si nous partons du principe encore utopique que des normes communes et reconnues par tous doivent être élaborées en vue de faciliter les échanges de ressources pédagogiques, la conformité de ces normes aux exigences de l'adaptabilité culturelle et linguistique est cruciale étant donné que les acteurs de la FOAD, dans des dispositifs internationaux, peuvent potentiellement provenir de plusieurs zones culturelles et linguistiques. La question est alors de savoir dans quelle mesure et de quelle manière les organismes de normalisation sur les scènes internationale et régionale s'assurent-ils d'élaborer des normes qui soient adaptables aux besoins d'une communauté culturelle et linguistique ?
Sans besoin d’aller creuser du côté des standards qui ont marqué la scène internationale de la FOAD comme les standards de l’AICC (Aviation Industry CBT Computer-Based Training Committee, l’IMS (Instructional Management Systems), ARIADNE (Alliance of Remote Instructional Authoring and Distribution Networks for Europe), SCORM (Sharable Content Object Reference Model), LOM (Learning Object Metadata) de l’IEEE etc., c’est plutôt du côté du sous-comité 36 du Joint Technical Committee n°1 de l’International Electrotechnical Commision de l’ISO et de l’IEEE chargé de développer les normes concernant les technologies de l’information pour l’éducation, la formation et l’apprentissage, qu’on irait découvrir les dimensions multilingues et multiculturelles de la normalisation FOAD.
1. Une adaptation des standards en vigueur pour estomper les écarts
Les standards des métadonnées pédagogiques en vigueur sont d’une multitude et d’une variété parfois déroutante vu les conditions et les objectifs pour lesquels ils ont été conçus. Au fait l’historie des standards FOAD est associée à celle des métadonnées qui remonte à la deuxième conférence du World Wide Web à Chicago en 1994. L’idée de décrire les ressources du Web par des métadonnées sémantiques a donné lieu au fameux colloque de mars 1995 à Dublin, Etat de l’Ohio pour proposer le standard Dublin Core. Les spécifications du Dublin Core et ses 15 champs descriptifs ont été depuis lors la base de tous les standards futurs de la FOAD : Ariadne, Cancore, Merlot, Lom, Scorm etc.
Créé en novembre 1999 à Séoul, le sous-comité 36 de l’ISO (SC36) est en cours d’élaboration des normes concernant tout ce qui concerne la FOAD : technologies, contenus, apprenants, procédures etc. Ceci implique que le domaine de l’EAD est encore soumis aux usages hétérogènes des standards qui ont sillonné son histoire depuis environ une décennie.
Sans vouloir entrer
dans les détails de ces standards et spécifications FOAD, largement décrits par
la littérature spécialisée, l’adaptation des ces modèles, à des niveaux
différents de complexité, aux besoins spécifique d’une communauté locale,
nationale ou régionale a toujours été la solution entretenue pour se conformer
à un minimum de cohérence et d’interopérabilité. Friesen et Masson [[9]],
identifient cette procédure d’adaptation par le concept de « profil
d’application » qui vise la création d’un ensemble d’éléments de
métadonnées (ou un schéma de métadonnées) garantissant une conformité minimale
requise avec des ressources décrites sur la base d’un même modèle générique.
Par ce mécanisme d’adaptation, qui compense la lourdeur initiale des modèles
sources, les plus grands standards FOAD ont fait l’objet de réadaptation sous
forme de profils d’application construit autours d’éléments de métadonnées
obligatoires et optionnels qui tiennent compte des spécificités particulières
des utilisateurs concernés. Selon Michel Arnaud, chercheur au laboratoire
CERIS-CERIES, Université de Paris 10, face à la difficulté de mise en oeuvre
des modèles génériques des standards FOAD comme le LOM, « les profils
d’application permettent généralement d’affecter un caractère optionnel ou
obligatoire aux champs des métadonnées, les éléments obligatoires assurant
ainsi un minimum d’information pour une ressource donnée. Le caractère
optionnel, quant à lui, s’il simplifie le travail d’indexation (c’est-à-dire la
mise en conformité des contenus), il affecte aussi la cohérence de
l’ensemble » [[10]].
Déjà Dublin Core est utilisé dans ses deux versions, l’une dite maximaliste
faisant usage de tous les 15 champs qui le constituent, l’autre dite
minimaliste fait recours à quelques champs jugés suffisants pour identifier une
ressource quelconque dans un dispositif particulier pour un public limité.
L’exemple illustré, adapté par l’AUF du modèle SCORM, lui-même une forme
adaptée du LOM, pour décrire ses ressources pédagogiques de façon standardisée,
traduit cette approche d’adaptation à touts les niveaux d’usage [[11]].
Beaucoup de profils d’application encore plus connus, comme Cancore [[12]],
Normetic [[13]],
Celebrate [[14]] etc. font également l’objet d’un usage extensif
pour la description des ressources pédagogiques contextualisées.
Cette piste pourrait être envisagée par les pays en voie de développement qui commencent juste leur aventure des normes et des standards FOAD. En plus de leur permettre d’estomper les écarts avec les pays développés dans ce domaine, ceci les prédisposerait à une adoption rapide des normes à venir. Ils seraient également en mesure d’appréhender à temps les incohérences qu’ils y trouveraient avec leurs propres particularités culturelles, linguistiques et institutionnelles. L’expérience du groupe de travail CEN/ISSS WSLT (Comité Européen de Normalisation / Information Society Standardization System / Workshop Learning Technologies) pourrait être une piste d’adaptabilité à suivre pour les pays en voie de développement afin de s’assurer que leurs exigences culturelles et linguistiques soient prise en compte dans les initiatives mondiales. En effet, le CEN/ISSS WSLT travaille sur la traduction des LOM dans plusieurs langues européennes dans un but d’internationaliser toutes les versions du dit standard à base d’entrepôts de taxonomies et de vocabulaires. Une expérience d’arabisation du LOM version 1.0 a été entreprise pour élargir sa portée culturelle et linguistique [[15]]. Elle a permis de focaliser sur les incohérences de la version originale avec les caractéristiques propres à une communauté culturelle et linguistique qui pourrait sur cette base entamer un processus de traitement par métadonnées standardisées ses propres ressources pédagogiques (sous réserves d’entamer des démarches parallèles d’harmonisation du vocabulaire pour des métadonnées uniformes).
2. Une contribution active aux préparatifs de la normalisation internationale FOAD
La solution a encourager pour les pays en voie de développement est par contre une participation plus active aux travaux de normalisation internationale dans le cadre des sous comités techniques de l’ISO, en l’occurrence le SC36 [[16]] chargé de la normalisation des Technologies de l’Information pour l’apprentissage, l’éducation et la formation (ITLET), le TC 37 chargé de la normalisation de la terminologie et des autres ressources linguistiques.
Dans le SC36, les normes en cours de préparation touchent cinq grands domaines interdépendants, traités par cinq groupes de travail internationaux (WG : Working groups). Une restructuration est en cours pour élargir la structure du SC36 à sept WG. Dans ce document, nous resterons confinés à la réalité encore en vigueur. Ces domaines sont :
· Le vocabulaire et la terminologie (WG1) : Ce groupe travaille sur la définition des concepts et l’élaboration des associations entre les termes dans une optique de catégories de données inspirées du modèle du SC37 ;
· Les techniques collaboratives (WG2) : Ce groupe œuvre, entre autre, pour proposer des modèles de description des environnements d’apprentissage et de travail collaboratifs ;
· L’information sur les participants (WG3) : Ce groupe travaille sur la détermination des données d’identification du profil des apprenants ;
· La gestion et la mise en œuvre de l’apprentissage, de l’éducation et de la formation (WG4) : Ce groupe se concentre sur la définition des langages de description des ressources pédagogiques et des parcours d’apprentissage par les éléments de métadonnées normalisés ;
· Le cadre général de description et la qualité (WG5) : Ce groupe s’intéresse au modèle de description des systèmes de formation, ainsi qu’un modèle qualité portant sur le management de la qualité, l’assurance qualité et la mesure de la qualité des systèmes d’éducation, de formation et d’apprentissage.
A ces groupes de travail, le SC36 intègre trois groupes de rapporteurs chargés de fonctions autours de ces activités centrales comme le marketing group (RG1), le International Standardized Profile Reportin Group (RG2) et le Culture, Language Function Accomodation Group (RG3). Ce sont les RG2 et RG3 qui sont en cours de restructuration pour devenir WG6 et WG7.
Dans une optique multilingue et multiculturelle, le RG3 (prochain WG7) est la clé de voûte de l’Internationalisation du SC36. Il assiste les autres groupes du SC36 et applique leurs acquis pour des objectifs de conformité avec les particularités culturelles et linguistique internationales. Parmi ses attributions :
· Servir en tant que pourvoyeur de ressources, consultant, et réviseur de cultures et de langues pour des fonctions d’accommodation au sein du SC36;
· Rapporter au SC36 et entretenir des ressources culturelles et linguistiques à des fins d’accommodation.
Les pays en voie de développement peuvent, à travers cet organe, renforcer la dimension culturelle et linguistique du SC36 qui souffre encore d’une absence totale de contributions du Sud dans ce sens. Les deux langues dominantes dans les travaux du SC36 sont l’anglais et le français. La représentativité linguistique et culturelle y est officiellement très déséquilibrée avec une seule participation d’un pays du Sud, en l’occurrence le Kenya, toujours absent des réunions de travail du SC36.
La contribution des pays du Sud est rigoureusement recommandée à ce stade à plus d’un titre. L’absence d’une représentativité culturelle et linguistique, autre que celle des pays développés, risque de passer en silence des particularités fondamentales des communautés linguistiques et culturelles qui seraient ensuite amenées à utiliser une norme FOAD à la quelle elles n’ont pas contribué. L’histoire des TIC offre toujours des exemples de non conformités culturelles et linguistiques des solutions logicielles ou des composantes matérielles conçus sans concertation avec les populations concernées. L’exemple de la directionnalité des chiffres pour les communautés arabes en est un exemple concret [[17]].
La contribution des pays du Sud peut prendre des formes diverses :
3. Une alliance stratégique régionale ou internationale : le cas francophone
Il est pourtant nécessaire et plus réaliste de voir les choses en face. Comme le spécifie bien Jacques Bonjawo, Directeur de programme à Microsoft, président du conseil d’administration de l’Université virtuelle africaine, si l’enseignement à distance entre progressivement dans la culture des pays africains, « la question des ressources demeure importante et les États, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, doivent développer et renforcer l’accès aux TIC et leur exploitation pour le développement économique et social ». L’infrastructure est certes un handicap majeur. Denis Cunnigham, Président de la Fédération Internationale des Professeurs des Langues Vivantes (Australie) rappelle dans ce sens que « de nombreux habitants du globe n’ont toujours pas accès à l’électricité et que le téléphone n’est utilisé que par la moitié de la population mondiale ! Imaginez alors le pourcentage de nos semblables ayant accès à l’ordinateur : 25 % ? 10 % ? Moins de 10 % ? » [[18]].
La réalité de beaucoup de pays en voie de développement n’est pas encore au stade d’appréhender les valeurs ajoutées émanant du secteur de la FOAD comme des valeurs stratégique. Leurs échelles de priorités n’inclus pas encore la FOAD comme créneau de développement. Une stratégie d’alliance est à ce moment propice pour profiter d’un contexte de coopération ou de partenariat afin de supplanter certains problèmes d’ordre logistique, compétences humaines, stratégie d’anticipation etc.
La francophonie est l’un des exemples qui a pris de l’initiative dans ce sens en jouant la carte de ses alliances avec les pays francophones et procéder en conséquence à une démarche de sensibilisation auprès de ses pays partenaires pour les impliquer dans ce processus international de la normalisation de la FOAD et plus particulièrement des métadonnées. Son adhésion au SC36 en tant point de liaison Catégorie A est à grande valeur stratégique pour les pays en voie de développement francophones. L’AUF, concerné depuis toujours par le volet multilingue et multiculturel, joue en faveur de la diversité linguistique dans les travaux du SC36. Son initiative d’organiser un Open Forum conjointement avec le SC36 en marge du SMSI à Tunis 2005 est à double objectif : d’une part ancrer sa position d’interface avec le SC36 au profit d’une communauté francophone plurilingue (arabe, africaine et asiatique) et d’autre part sensibiliser des pays partenaires du Sud à se lancer dans ce volet stratégique à échelles nationales.
Le rôle de la francophonie, pour aider ses partenaires à adhérer à ce domaine stratégique, fait l’objet d’un document de synthèse présenté par Renaud Fabre et Henri Hudrisier du groupe GEMME (Groupement d’intérêt scientifique Enseignement supérieur sur Mesure MEdiatisé) au colloque Initiatives 2001 de l’AUF [[19]]. Ce rôle nécessite, à mon sens, quelques réajustements de politique d’appui et d’assistance que je formulerais dans les recommandations suivantes :
1. Une politique de marché plus audacieuse : Comparés aux chiffres d’affaires américains en TIC, la France, ni même l’Europe entière, ne peuvent partir favoris dans une concurrence économique. La francophonie devrait par contre planifier pour une stratégie de substitution, plus poussée et plus intégrée d’aide au développement, à la démocratisation des sociétés dans les pays partenaires, au renforcement des technologies d’information et de communication dans les pays les plus démunis. Au sein de cette intégration, figurent les médias eux-mêmes relatifs à l’industrie du contenu de l’information, l’industrie des services qui traite et diffuse l’information, et l’industrie des équipements qui les conçoit et les hébergent.
2. Un problème de contenus scientifiques francophones à faire remonter l’échelle d’importance internationale : Encore situés assez loin derrières des contenus d’information en langues anglaise(64,90%), japonaise(4,05%) ou allemande(3,71%), les contenus francophones(1,81%) gagneraient à pallier à cette lacune en tirant profit d’alliances avec les langues partenaires du Sud en agissant sur l’exportation d’un savoir faire en technologies numériques, sur le développement et la diffusion de contenus éducatifs, sur la promotion de produits multilingues d’industrie de la langue, de terminologie française et de tout ce qui a trait à établir des échanges d’information entre le français et les langues partenaires. A ce titre, la francophonie devrait aussi jouer un rôle plus dynamique sur un plan européen pour donner d’une part une portée plus universelle aux concepts de multilinguisme et de multiculturalisme comme abordés dans ses documents officiels [[20]] et d’autre part promouvoir une présence meilleure du français en Europe [[21]].
3. Une technologie de l’information francophone : Des équipements et des logiciels conçus à la source sur un principe de respect de la diversité linguistique et culturelle permettraient de récupérer une large assise d’utilisateurs initialement détournés par des TICs anglo-saxonnes, mais vite confrontés aux aléas linguistiques puis financiers inhérentes aux droits d’usage des solutions propriétaires. Les logiciels libres seraient un cheval de bataille assez stratégique pour la francophonie d’aujourd’hui, l’internationalisation (I18n), la Localisation (L10n) et la standardisation devant servir de prérequis transversaux pour des raisons d’interopérabilité et de coopération multiculturelles et multilingues et par conséquent, pour des objectifs économiques et de positionnement stratégique.
Conclusion
Il est peut être encore prématuré de parler d’urgence de la normalisation FOAD pour les pays du Sud malgré l’urgence de l’initiative et de la démarche à mettre en place. L’exclusion est la menace récurrente de toute défaillance à un processus international qui se met en place.
Sauf que la situation n’est pas tributaire d’une simple motivation ou d’une simple décision individuelle. C’est l’apanage d’un dispositif lourd et complexe dont les décideurs doivent être conscient et convaincu pour pouvoir lancer la machine de la normalisation FOAD. Une sensibilisation est heureusement déjà en cours à travers les instances régionales et internationale et les programmes de développement qui inscrivent désormais le volet FOAD comme alternative de développement incontournable. Le risque pour beaucoup de pays en voie de développement est sans doute le degré d’adaptabilité que ces normes à venir ou ces standards en cours offriraient à leurs publics potentiels sur des bases identitaires reconnues et validées. Car, l’expérience à montré que des outils ou des procédures de travail conçus ou élaborés en dissociation avec leur assise naturelle d’usage, courent toujours le risque d’une marginalisation d’utilisabilité bien que parfois validés par un processus de normalisation.
Notes
Alejandra Graterol Benavides, Université de Poitiers
Depuis une dizaine d’années le monde des affaires s’est emparé des NTIC et a contribué à leur développement. Aujourd’hui les ressources de diffusion électronique font jeu égal avec les moyens classiques de communication institutionnels. Les médias jeunes ont cependant connu quelques difficultés de mise en application, sur lesquels nous ne reviendrons pas comme le manque de performance des terminaux, leur prix, les difficultés pour accéder facilement à des fonds de contenus riches et à forte valeur ajoutée. Je suis originaire d’Amérique du sud, du Venezuela, et je suis venue me former en France pour maîtriser tous les aspects de la mise en œuvre des NTIC. J’ai une formation en histoire de l’art et j’ai travaillé dans des projets de conservation du patrimoine. Mon souhait est de devenir rédacteur en chef de publication électronique en ligne et j’ai la chance de suivre un cursus riche et très varié ; adapté à ces approfondissements. Je pense travailler dans des institutions culturelles pour développer et diffuser des contenus artistiques.
Je souhaite faire part, à l’occasion de cet exposé, des nécessaires formations et développements de filières de spécialités éditoriales entièrement nouvelles et capables de tirer les meilleures ressources des nouveaux moyens à la disposition du marché.
Je suis actuellement en stage, à Paris, dans un studio de photographes artistes professionnels. Je crée un site de soutien professionnel de la chaîne graphique pour permettre l’optimisation de l’échange des captures numériques faites en studio. Ces nouvelles formes d’images doivent être transmises très rapidement aux acteurs de la chaîne graphique de fabrication. Pour cela il m’a fallu écouter les demandes techniques professionnelles des photographes, de leurs clients et de tous les intervenants pour qui l’intranet va servir à valider l’image, en fonction des apports qualitatifs de chacun d’eux.
Ce travail m’a permis de mettre en valeur un jeu de métadonnées techniques professionnelles utiles à la création des images commerciales par les différentes spécialités. Ce jeu de métadonnées est flexible et réparti en catégories de données. Elles correspondent dans l’ensemble au processus de cheminement de l’image dans la chaîne, mais certaines catégories d’informations sont horizontales, pour éviter les effets de doublon.
Ce travail d’enquête et d’investigation se situe à mi-chemin entre celui du journaliste, à cause de la préoccupation éditoriale, et celui du chercheur à cause des contraintes liées caractère novateur des moyens techniques. Le plus important reste sans aucun doute la cohérence du contenu, qui va rendre celui-ci vraiment utilisable par les acteurs professionnels concernés. Il ne faut pas perdre de vue non plus l’utilité et le confort des lecteurs et des utilisateurs qui doivent pouvoir se référer aux nouveaux médias comme ils utilisent les autres.
Aujourd’hui le numérique a déstructuré les tâches à cause de la nécessaire appropriation des logiciels et de la reconstitution des postes de travail. L’enjeu actuel est de permettre la synchronisation des interventions des acteurs pour donner la pleine efficacité de la flexibilité de transmission et de stockage de l’information. Pour cela il faut des professions intermédiaires spécialisées, qui assurent la liaison de communication entre les différents métiers, à travers la spécificité des logiciels et de leurs différentes applications.
Les outils les plus nécessaires pour ces métiers sont les jeux de métadonnées qui permettent de correctement définir et transmettre des cortèges d’informations attachés à des objets numériques. La standardisation des jeux de métadonnées permettra d’établir des liens très flexibles entre les concepts manipulés par les différentes spécialités. Leurs spécificités techniques sont devenues de véritables barrières linguistiques avec le même effet que des langues étrangères entre elles. Régler le problème de la traduction passera donc par les spécialités techniques et sera bénéfique pour elles, qui bénéficieront de ces outils pour améliorer la qualité de leur communication.
Je vais consacrer mon mémoire à la définition du jeu de métadonnées attaché à l’objet « planche contact » du monde photographique professionnel. Je travaille en trois langues, français, espagnol et anglais, pour les raisons évoquées ci-dessus. L’aboutissement de ces travaux devrait être une augmentation de la réalité de l’échange interpersonnel des professionnels. Ceux-ci doivent aujourd’hui optimiser le temps passé à reconstruire les objets photographiques de la planche contact au tirage Ekta. Si l’Ektachrome a apparemment été remplacé par des fichiers RAW et TIFF, les concepts d’étalon de la chaîne graphique reste vivaces et indispensables à la stabilisation de la qualité technique de l’image partagée par les moyens de diffusion classiques, dont l’imprimerie.
Après ces changements de paradigme, on devrait s’apercevoir que chaque métier a retrouvé très naturellement sa place dans la chaîne de transmission, indispensable à l’établissement de la qualité du produit image. En effet, sans la validation par les bonnes compétences, ce travail serait tout simplement impossible.
Autour de cet embryon d’application pourront venir par la suite se développer ceux des autres médias. La contrainte d’interopérabilité sera alors énorme et c’est pourquoi il faut en anticiper le poids dès maintenant.
J’espère pouvoir continuer dans le futur à travailler en français car je l’ai appris très récemment mais je l’ai beaucoup apprécié.
Marc Wilhelm Küster, CEN/ISSS Cultural Diversity Steering Group (CDSG)
Les technologies de l'information et de la communication (TIC) jouent aujourd'hui un rôle déterminant dans notre vie professionnelle et privée. L'ordinateur a dépassé depuis longtemps son statut de calculateur et même de simple machine à écrire et est devenu un moyen de création et de transmission des expressions culturelles (dans le sens le plus vaste du mot[28]) dans un énorme spectre de domaines, de l'enseignement aux arts visuels et auditifs en passant par les documents textuels les plus variés.
Je veux comprendre dans ce contexte une culture comme un ensemble complexe de processus d'émission et de réception des signes[29]. L'ordinateur a pris une place d'importance primordiale dans cet échange de signes qui constitue « notre » culture.
Il est impossible qu’un mécanisme tellement significatif (dans le double sens du mot) puisse ne pas influencer rapidement les systèmes de signes eux-mêmes et leur transmission— donc la culture. Nous en avons des preuves partout : le langage des SMS et des courriers électroniques, un rythme de vie souvent perçu comme accéléré, et l'ensemble des arts et des médias. Ces changements sont souvent inévitables : chaque nouvelle technologie importante change les bases matérielles de notre société — ce n'est pas pour rien que nous parlons d'une société européenne en train de se transformer en société de l'information —, qui en retour influencent nos systèmes de signes et donc notre culture.
Malheureusement, dans le cas des TIC la situation n'est pas aussi innocente (pour autant que la culture ait jamais été innocente). Une partie très substantielle des technologies est fournie par une culture étrangère aux cultures de l'Europe et surtout étrangère à la diversité culturelle qui en est une des caractéristiques les plus importantes, une diversité et richesse culturelle d'ailleurs rare au monde. En considérant seulement les pays de l'Union européenne, de l'A.E.L.E. et des pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne nous parlons de bien plus de 500 millions d'habitants, avec des centaines de langues et dialectes et des traditions et expériences politiques, religieuses et culturelles les plus diverses.
Pourtant, les systèmes informatiques et les bases de données utilisés sont souvent très peu adaptés à notre pluralité de conventions, y sont même opposés. C'est donc dans ce contexte qu'une question politique et morale se pose, qui ne connaît pas de réponses faciles. Ce qui est en question est l’équilibre entre un développement technologique valorisé comme positif et quasiment nécessaire, et le désir de protéger notre riche patrimoine culturel.
En face d'une telle question, il est peu surprenant que de nombreux points de départ aient été choisis pour trouver des solutions. Ils sont associés à différents groupes ou initiatives nationaux, européens et internationaux.
Certains donc, par exemple l'UNESCO avec la Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques[30] se chargent de la protection des patrimoines culturels tout court et ont pour but de garantir aux états nationaux le droit de prendre des mesures dans ce sens. Quoique non restreinte au domaine des TIC, cette convention future a bien le potentiel de devenir un document central également dans ce domaine. Je cite donc un extrait du préambule de cette convention qui a pour objectif de « protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles » (§1 a). Le préambule désire que la « Conférence générale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture »
Consciente que la diversité culturelle, patrimoine commun de l'humanité, est un ressort fondamental du développement durable et qu'elle est, de ce fait, aussi nécessaire pour le genre humain qu'est la biodiversité dans l'ordre du vivant,
Consciente que la diversité culturelle, épanouie dans un cadre de démocratie, de tolérance et de justice sociale, est indispensable à la paix et à la sécurité à l'échelle nationale et internationale,
Célébrant l'importance de la diversité culturelle pour la pleine réalisation des droits de l'homme et des libertés fondamentales, proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans d'autres instruments universellement reconnus, [...]
Constatant que les processus de mondialisation, facilités par l'évolution rapide de technologies d'information et de communication, s'ils créent les conditions inédites d'une interaction renforcée entre les cultures, constituent aussi une menace pour la diversité et un risque d'appauvrissement des expressions culturelles, [...] Adopte [...] la présente Convention.[31]
Les négociations, soutenues entre autres par l'Allemagne et la France, sur la convention sont apres, surtout face à une opposition parfois farouche sous la direction du gouvernement américain. Cependant, il y a de bonnes raisons d'être optimiste et d’espérer que cette convention puisse être acceptée par la session 2005 (33e session) de la Conférence générale de l'UNESCO.
Si la convention est sans doute une initiative politique, il y a aussi des activités qui se donnent comme plus techniques et en conséquence moins ouvertement politiques[32]. Je vais présenter un certain nombre des ces acteurs et parler de leurs projets, surtout dans le domaine de la normalisation. Si je parle en priorité des initiatives européennes, c'est tout simplement parce que j'en préside une.
Normalisation et diversité constituent en termes linguistiques une dichotomie — ou, au moins, en donnent l'impression. Chaque solution normalisée dans le domaine culturel, bien que faite avec les meilleures intentions et avec le but d'adapter des systèmes informatiques à une variété maximale de conventions culturelles, porte en soi le danger de perturber précisément ces systèmes significatifs pour la protection desquels elle a été créée. La situation devient plus dangereuse dès que l'on considère une solution comme un fait purement technique, en refusant de prendre conscience des répercussions indésirables de la solution elle-même — ce qui est malheureusement une situation très répandue dans les TIC.
Je suppose que les organisations de la normalisation européenne sont assez peu connues. Je présenterai donc leur structure générale avant de discuter des organisations qui ont une importance particulière dans notre contexte.
Figure 1. La normalisation européenne
L’ETSI (European Telecommunication Standards Institute) est l'organisation de la normalisation pour le secteur des télécommunications, y compris les technologies mobiles. Le CENELEC est chargé de la normalisation électrotechnique. Le CEN, enfin, est le Comité Européen de Normalisation tout court et s'occupe du reste, y compris des technologies de l'information et du commerce électronique. Ces dernières activités sont regroupées dans un département particulier, l’Information Society Standardization System (CEN/ISSS), responsable des activités qui facilitent le passage des économies traditionnelles à une société de l'information.
L'ISSS utilise pour son travail un grand nombre d’instruments. D'un côté il y a des comités techniques (Technical Committees / TCs), dont les participants sont obligatoirement des délégués des organisations nationales de normalisation comme l'AFNOR, le DIN et l'UNI. Ceux-ci opèrent selon des modalités strictes et eux seuls ont le droit de préparer des normes officielles comme les normes européennes (EN). D’un autre côté, il y'a des groupes d'experts plus au moins ad hoc et sans règles trop fixes, qui n'ont cependant pas le droit de préparer des documents normatifs. Entre ces deux extrêmes il y a des ateliers (workshops) avec une appartenance ouverte et qui produisent des documents de consensus (CEN Workshop Agreements / CWAs) qui ont un statut reconnu, mais inférieur à celui des normes officielles.
Les activités de l'ISSS sont variées comme l’est d'ailleurs la société d'information elle-même. Cependant, elles se laissent regrouper en certains domaines :
· Technologies de l'information et de la communication pour l'éducation (TICE / « eLearning »)
· Télématique du transport (« intelligent transport »)
· Cartes intelligents (« smart cards »)
· sécurité et protection de la confidentialité
· technologies pour tous (« Design for All »)
· protection de la diversité culturelle
il est évident que beaucoup de ces activités peuvent significativement influencer nos interactions « au sein de la vie sociale »[33] et ont donc un aspect culturel plus au moins prononcé. La protection de la diversité culturelle ne peut pas être vue comme une activité isolée, mais plutôt comme un effort « horizontal » qui concerne — ou au moins devrait concerner — tout le monde.
C'est exactement pour cette raison que le groupe chargé de ces activités se conçoit comme un Cultural Diversity Steering Group, donc comme une groupe de coordination et de stimulation qui a pour but plutôt d'inciter les autres groupes à considérer les répercussions culturelles des normes et activités qui se voient trop souvent comme seulement « techniques », et adoptent comme prémisse implicite un contexte exclusivement monolingue et mono-culturel.
C'est exactement l'intention du « scope », du champ d'application, du comité :
· to recommend on actions and to initiate activities relating to standardization within the field of cultural and linguistic diversity from the point of view of information and communications technology (ICT), in particular on the European level, but also on regional or international level if this is deemed appropriate for European interests.
· To function as a European discussion and coordination forum for standardization activities related to cultural diversity in ICT in Europe and beyond.[34]
Le CDSG a été institué par le CEN/ISSS, plus précisément par son comité de coordination, le CEN/ISSS Forum. Comme tous les comités du CEN il est présidé par un président honoraire (moi dans ce cas) assisté d’un secrétariat permanent, dans notre cas obligeamment fourni par Standards Norway, l'organisation de normalisation norvégienne, en la personne de Håvard Hjulstad, bien connu comme président du comité « Terminologie et autres ressources linguistiques » ISO/TC37.
La groupe se réunit normalement quatre fois dans l'année, alternant réunions physiques et audioconférences. Les réunions ont souvent lieu à Bruxelles ou à Paris, mais il en a aussi eu à Oslo. La prochaine sera le 4 avril prochain à Berlin, en conjonction avec une réunion du comité responsable pour les TICE et directement avant la Conference Unicode.
Les membres sont surtout des représentants des groupes de normalisation nationale, européenne et internationale, y compris des consortiums. Les visiteurs sont les bienvenus et une liste de discussion est en libre accès à <friends@cdsg.de>.
La constitution de la CDSG est spécifiée dans les Terms of Reference du groupe. Ce document récemment actualisé sera disponible dans peu de temps sur la page officielle du groupe http://www.cenorm.be/cenorm/businessdomains/businessdomains/isss/activity/cdsg.asp et sur la page officieuse http://www.cdsg.de.
Comme nous l’avons vu, le CDSG se voit surtout comme un forum de discussion et comme une source d’idées nouvelles. Les représentants de groupes comme le TC37, Infoterm et ISO/CEI JTC1/SC35, pour nommer seulement certaines activités internationales, discutent régulièrement de la meilleure façon de coordonner leurs réponses à la question de la protection de la diversité culturelle. Les sujets de discussion vont des questions de coordination administrative jusqu'à l’offre d’un lieu d'échange impartial pour le traitement des besoins informatiques transnationaux des langues des Samis dans les pays scandinaves (ce dernier point à la demande du gouvernement suédois).
En outre, le CDSG et ses représentants sont présents dans un certain nombre d’activités et initiatives européennes et internationales, y compris celles qui concernent le gouvernement électronique (« eGovernment ») et le commerce électronique. En plus, le CDSG est également actif dans l'initiative allemande « bundesweite Koalition für kulturelle Vielfalt » (coalition nationale pour la diversité culturelle) qui soutient la nouvelle convention de l'UNESCO et qui, à son tour, est soutenu par le gouvernement allemand. En effet, le CDSG a utilisé cette participation pour souligner l'importance du principe de « neutralité technologique ». Ce principe veut que l'expression de la diversité culturelle soit protégé indépendamment de la technologie utilisée pour la créer ou la transmettre, y compris évidemment l'ensemble des TIC.
Comme le but principal du CDSG est de faciliter la coordination des activités, son programme de travail spécifique est assez restreint, mais certainement pas inexistant. Je présenterai une sélection de ses activités courantes ou prévues pour un futur immédiat.
Le concept de services électroniques est sous cette forme assez nouveau. Le terme désigne l'ensemble des services publics et privés en ligne[35] et comprend donc (entre autres) le commerce électronique et le gouvernement électronique. Comme le commerce électronique, les services électronique peuvent avoir des aspects visibles aux utilisateurs finaux (analogue au Business to Consumer / B2C) et d'autres conçus pour l'interaction (surtout automatisée) avec des entreprises partenaires, soit publiques soit privées (analogue au Business to Business / B2B).
Traiter les services électroniques dans leur ensemble souligne les points communs entre les secteurs publics et privés, et ceux-ci sont assez évidents dans beaucoup de domaines, y compris les implications culturelles. Il est surtout important de ne pas négliger les problèmes posés par l'échange entre organisations, qui, bien qu’elle se trouve en dehors de l'interaction directe avec l'utilisateur, a des répercussions significatives sur la manière dont les entités culturelles peuvent être traitées dans les systèmes informatiques.[36]
Étroitement lié aux services électroniques est le concept de l’interopérabilité sémantique, propagé entre autres par Christian Galinski d'Infoterm.[37] L’interopérabilité sémantique s'ajoute à l’interopérabilité purement technique qui en est une des prémisses. La dernière est depuis longtemps étudiée dans la théorie et la pratique des systèmes hétérogènes et a trouvé son incarnation actuelle (entre autres) dans les normes de base pour les services web comme SOAP et WSDL. La première est cependant très souvent ignorée, bien que beaucoup des promesses d'une automatisation et intégration avancée des systèmes hétérogènes en dépendent.
Le point de départ de l’interopérabilité sémantique est la prise de conscience que les données (le contenu) sont plus importantes que les technologies utilisées pour les traiter, transformer et présenter. De plus, des éléments logiciels associés de manière souple sont depuis le début l’une des principales promesses et l’un des principaux avantages des services web, actuellement à nouveau en vogue sous le nom « d’architecture orientée service ». Toutefois, pour que ce type d’automatisation avancée fonctionne, il est nécessaire que les systèmes soient capables de se situer automatiquement l’un l’autre afin de remplir une tâche prédéfinie. Or « remplir une tache » est un concept sémantique supposant non seulement des technologies interopérables, mais aussi une terminologie commune et même des processus communs — en d’autres termes, tous les partenaires participant à la tache doivent agir dans un seul système significatif (au moins au degré nécessaire pour remplir la tâche en question). Ce système sera certainement inspiré de la langue naturelle, mais, au contraire de celle-ci, il devra être exact et sans équivoque.[38] Pour garantir un tel système, il faudra avoir un réseau complexe de registres pour les types variés de données et de processus.
L'idée des registres dans le contexte du commerce électronique n'est pas du tout neuve. Dès qu'on a imaginé les normes de bases pour les services web et le commerce électronique, on a aussi pensé aux registres. Pourtant, les normes respectives comme Universal Description, Discovery and Integration (UDDI)[39] et le Registry Services Specification de l'ebXML[40], pour citer seulement deux des plus importantes, n'ont pas joui du succès qu'on avait espéré.
À mon avis, la raison principale de cette absence de succès est une concentration trop exclusive sur les protocoles techniques. Ceux-ci ne sont qu’une condition nécessaire, mais pleinement insuffisante pour un réseau viable de registres qui actuellement n’affrontent pas des problèmes techniques, mais un manque de quantité, de qualité et de rigueur du contenu.
La prise de position d'Infoterm, du CEN/ISSS et du CDSG pose bien ces problèmes en proposant des recherches concrètes sur les conditions administratives et commerciales pour un système mondial de registres qui fera face au défi du contenu. Il faut espérer qu'un tel projet sera lancé avant que l'année se termine.
Le CEN/ISSS est le principal organisme européen pour la diffusion des normes ebXML sur le commerce électronique. Depuis longtemps et bien avant que le CDSG soit fondé en 2002, le CEN/ISSS s'est chargé des projets sur l'adaptation de ces normes aux besoins des secteurs en Europe. Le CEN/ISSS fait donc partie du Memorandum of Understanding, le groupe qui coordonne la normalisation mondiale sur le commerce électronique et dont font partie la majorité des organisations mondiales, y compris les consortiums comme OASIS et OAG et les comités comme l’ISO/CEI JTC1 et l’ISO TC37.
Ce fut donc un grand pas en avant pour la protection de la diversité culturelle et un signe aussi de l'importance commerciale de la diversité culturelle quand, en avril 2004, le Memorandum of Understanding demanda au CEN/ISSS et spécifiquement au CDSG de fournir des recommandations sur une « stratégie multiculturelle » dans la normalisation mondiale du commerce électronique. Les résultats en furent deux documents, l'un sur l'importance de l’interopérabilité sémantique — précisément le document dont j'ai parlé dans la section précédente —, l'autre une liste d'une demi-douzaine de mesures pratiques et faciles à prendre en considération avant de préparer des normes pouvant influencer la diversité culturelle.
En ce moment la CDSG est en train de préparer des recommandations similaires pour l'ensemble de la normalisation européenne dans les TIC.
L'initiative ADNOM, soutenue par l'Union européenne, s'insère dans le cadre de l’interopérabilité sémantique où elle sert aussi comme projet pilote. Elle établira un réseau des organisations européennes qui sont responsables de la terminologie administrative avec l'objectif de trouver équivalences et différences entre les diverses nomenclatures nationales — non pas, sûrement, pour aplanir ces différences culturelles, mais pour faciliter une interopérabilité sémantique qui les respecte. En plus, l'initiative enregistrera cette information dans une banque de données décentralisée. Mais voyons la formulation officielle :
The aim of the ADNOM project is to establish and maintain a network between European government translation units, terminology organizations, etc. with the purpose of developing and disseminating European Administrative Nomenclature.
By Administrative Nomenclature is meant names and closely related terminology that designate specific items for which no exact correspondence exists in other countries and languages. Some typical examples of these items are: names of government administration offices, organizational charts, job titles in public administration, school system terminology, terminology relating to taxation and social welfare. As part of the proposed activity the practical scope of Administrative Nomenclature will be studied, as well as the feasibility of extending the activity into adjacent fields in the future.
The ADNOM project will record such terminological items in a web-accessible, decentralized database that will allow for the description of each individual item (in the partner's own language and in one or more meta-languages), and the inclusion of corresponding terms in one or more languages.[41]
Du point de vue organisationnel, ADNOM est établi comme un atelier (workshop) chargé de produire, en supplément au réseau d'organisations, un rapport sous la forme d’un CEN Workshop Agreement. ADNOM aura sa première réunion le 15 avril prochain. Le projet est censé terminer sa première phase de travail en décembre 2005.
Le CDSG poursuit régulièrement d'autres projets avec pour objectif de fortifier la position de la diversité culturelle dans les TIC. Entre autres, le CDSG veut établir des solutions « culturelles » exemplaires et des mémentos pour les services en ligne. Le CDSG a aussi l'intention de formuler, en conjonction avec des chercheurs et sous une direction politique, des critères quantifiables pour mieux comprendre les éléments « flous » de la diversité culturelle, dans les TIC et au delà, par exemple, la fonction des couleurs, les habitudes de négociation, les attentes en termes de ponctualité, etc..
La plupart des normes européennes et internationales se servent d'un nombre assez restreint de normes de bases, y compris celles concernant les jeux de caractères. En effet, la combinaison de « diversité culturelle » et des TIC est même aujourd'hui souvent associée en priorité aux jeux de caractères, surtout avec le Jeu universel de caractères codés sur plusieurs octets ISO/CEI 10646:2000, souvent aussi dans son incarnation (Unicode Consortium 2003). Ce jugement, quoique maintenant dépassé, est compréhensible historiquement : il y a peu de temps encore, les restrictions des jeux de caractères étaient encore un problème majeur dans l'interaction entre utilisateurs et ordinateurs.
J’aborderai donc brièvement ce sujet et expliquerai le développement qui nous a mené au jeu universel de caractères.
Il est bien connu que les ordinateurs ne peuvent traiter les caractères de l'écriture qu'en les représentant comme des nombres, non pas même comme des nombres arbitraires, mais comme des nombres pris dans un intervalle fixé d'avance. Il faut donc un espace de mémoire prédéfini et identique pour chaque caractère.[42] Un caractère peut donc être vu comme prenant une place bien définie dans une table (= intervalle) dont le numéro des colonnes et des lignes est fixé d'avance.
Malheureusement, l'intervalle qui était pris d'habitude en Europe avant la norme ISO/CEI 10646:2000 était [0:255], donc un intervalle qu'on pouvait représenter avec un seul octet dans la mémoire de l'ordinateur — ce qui n'est pas suffisant même pour l'ensemble des alphabets européens. En plus, il n’y avait aucun accord sur la distribution des caractères accentués dans cette table dont il existait plusieurs versions. La table suivante montre la distribution de certaines lettres accentuées dans un certain nombre de jeux de caractères à un octet communs en Europe occidentale. Les lettres « normales » sont celles du jeu de caractères ISO/CEI 8859-1, celles entre [] sont du MacRoman de l'Apple Macintosh et celles entre () appartiennent au jeu de caractères CP437/850 du MS-DOS.
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L'idée centrale du jeu universel de caractères codés sur plusieurs octets est d'agrandir la table pour qu'elle soit suffisamment spacieuse pour contenir tous les caractères utilisés dans les systèmes d'écritures du monde — et de fixer une seule manière, non équivoque, de l'interpréter.
La réalité est, comme toujours, beaucoup plus compliquée. L'idée simpliste d'agrandir la table, quoique certainement au cœur du jeu universel de caractères multioctets, ne suffit pas à résoudre les problèmes posés par toutes les écritures mondiales. Déjà dans les écritures européennes nous faisons face aux accents volants qui peuvent être posés sur des lettres arbitraires. L'arabe et l’hébreu sont écrits de droite à gauche, ce qui pose des difficultés intéressantes surtout dans des textes mixtes où ces écritures sont mélangées avec, disons, l'écriture latine. D'autres écritures encore, comme celles du sous-continent indien, mais aussi l'arabe, obéissent à des règles souvent très difficiles de composition des glyphes. Je passerai ici sur les difficultés souvent très spécifiques et les solutions (ou quelquefois détours) adoptées pour les traiter.
Le résultat est en tout cas impressionnant : dans le réseau mondial, avec le courrier électronique, avec (presque) tous les systèmes d'exploitation actuels et la grande majorité des traitements de texte, au moins dans des versions assez récentes, on peut maintenant traiter ou, tout au moins afficher les données plurilingues les plus variées. J'ai fait la copie d’écran suivante sur un système d'exploitation Debian GNU/Linux avec OpenOffice comme traitements de texte. J'aurais tout aussi bien pu le faire sans différence substantielle sous Windows XP avec Notepad ou sous Mac OS X avec MS Word.
Figure 2. Copie d’écran d'un texte plurilingue
Pourtant, je ne veux pas cacher les défauts du jeu universel. Les dangers en sont assez évidents : la logique de (Unicode Consortium 2003) suppose que tous les systèmes mondiaux d'écriture peuvent être formalisés en utilisant un seul mécanisme et que, en plus, deux groupes étroitement liés devraient en être le maître. Ce modèle fonctionne assez bien pour la majorité des systèmes d'écritures utilisés actuellement. Mais ce ne sont pas des prémisses toujours valables, surtout pour beaucoup d’écritures historiques et minoritaires. En les traitant sur un modèle initialement inventé surtout pour les écritures européennes contemporaines, qui s'impose comme solution « naturelle » et dépassant les limites historiques, on ne peut que les aliéner de leur contexte culturel original.
Je veux conclure avec le jugement pragmatique et équilibré de (Topping, 2001) sur ce sujet :
As with any technology, Unicode will undoubtedly be replaced by something that works better.
Eventually.
But we aren't likely to see that happen any time soon.
Est-ce que la normalisation européenne, est-ce que la normalisation internationale constituent un garant de la diversité culturelle ? La réponse à cette question sera toujours une réponse personnelle. Certainement, après avoir été plus au moins ignorée pendant des décennies, la protection de la diversité culturelle a été poussée au cœur du débat politique et technique ces dernières années. Or cette évolution est étroitement liée à la mondialisation elle-même, qui en a fait une nécessité — et la normalisation affronte le paradoxe pourtant nécessaire de trouver des solutions normalisées pour une réalité dont nous voulons préserver la diversité.
J'espère que nous trouverons des réponses positives pour la protection de notre riche et divers patrimoine culturel européen — et qu'en le faisant nous n’oublierons jamais que ces réponses doivent être autant politiques et morales que techniques.
ISO/IEC 10646:2000 Information technology — Universal Multiple-Octed Coded Character Set (UCS). Première partie : Architecture and Basic Multilingual Plane. ISO/IEC. 2000-09.
(Küster, 2003) Küster, Marc Wilhelm (Ed). CEN/ISSS Report and Recommendations on key eBusiness standards issues 2003-2005 Bruxelles: CEN/ISSS, 2003. Utilisé: 2004-10-11 <http://www.cenorm.be/cenorm/businessdomains/businessdomains/isss/activity/reportfinal.pdf>
(Lotman, Uspenskij, Ivanov, Toporov, Pjatigorskij, 1975) Lotman, Ju. M., B. A. Uspenskij, V. V. Ivanov, V. N. Toporov und A. M. Pjatigorskij.. "Theses on the Semiotic Studies of Culturs (as applied to Slavonic Texts)" In: Sebeok, Thomas A. (Ed).. The Tell-Tale Sign. Lisse / Netherlands : Peter de Ridder. 1975. p. 57-83.
(Posner, 2004) Posner, Roland.. "Basic Tasks of Cultural Semiotics" In: Withalm, Gloria und Josef Wallmannsberger (Ed).. Macht der Zeichen / Zeichen der Macht. Wien : INST,. 2004. p. 56-89
(Saussure, 1972) Saussure, Ferdinand de. Cours de linguistique générale. Tullio de Mauro. Paris : Payot, 1972.
Ouahmi Ould-Braham, MSH Paris Nord
Henri Hudrisier, MSH Paris Nord
La Bibliothèque virtuelle berbère est une initiative lancée en 1999 par l’association « La Boîte à Documents » qui édite la revue « Etudes et documents berbères ». Ce projet de bibliothèque a eu pour ancêtre un projet de Centre de documentation berbère qui serait basée à Paris et ouvert à tous les citoyens. Il permettrait de faire aussi le lien entre les lieux déjà existants et de mettre à la disposition du public, et en particulier les étudiants, les jeunes chercheurs, les enseignants, des outils de travail indispensables. Mais avec l’entrée en puissance de notre monde dans l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le choix a été porté judicieusement sur une bibliothèque numérique[43].
I. LE CONTEXTE
Le contexte est déterminé par un long processus qui a permis, dans des conditions historiques particulières, l’émergence d’un savoir et d’un patrimoine écrit, sonore et visuel relatifs au domaine berbère. Il n’est pas inutile de faire à grands traits l’état de cet acquis important. Un acquis qui concerne en fait plusieurs pays. Dans la place qui nous impartie nous ne saurions être exhaustifs, mais nous en dirons l’essentiel.
Le berbère en France : production et enseignement
Les études berbères, ont commencé en France au moins depuis la fin du XVIIIe siècle. Elles consistaient en travaux d’érudition dans le cadre du champ orientaliste savant. De nombreuses sociétés scientifiques ont symbolisé l’humanisme et l’érudition, puis la conquête militaire de l’Algérie (à partir de 1830), la colonisation et le protectorat en Tunisie (1881) et au Maroc (1911) ont fait que ces pays ont été des pierres de touche des travaux de recherche, l’interprétariat, la traduction et l’observation (statistique et ethnographique)[44].
Les études berbères sont arrivées à leur maturité une fois que la langue a eu sa place dans l’enseignement supérieur (Université d’Alger, Institut des hautes marocaines, Ecole des langues orientales, Ecole normale de Bouzaréah).
En métropole, au fil des années, les berbérophones et les Français d’origine berbère sont, numériquement, devenus l’une des plus importantes populations d’origine étrangère en France, issus autant de Kabylie, du Sud-Ouest Marocain, que de l’Aurès ou du Maroc du Nord. Cette présence a donné naissance ici à une élite, qui a contribué amplement à la promotion de la langue et de la culture berbères à partir des années 70. C’est également en France que s’est réalisée une partie importante de la production berbère. A travers la chanson d’abord, et une ville comme Paris est connue pour ses maisons de production et l’industrie du disque. Cette chanson dans sa diversité a réussi à se donner une meilleure audience. Parallèlement, c’est toute une production écrite qui développe, sous la forme d’ouvrages de linguistique, de pédagogie et de littérature édités dans les cadres associatif ou universitaire ; avec d’autant plus de vigueur à l’époque, qu’elle se réalisait contre vents et marées. Elle a permis à de nombreux jeunes Kabyles en Algérie ou ailleurs et à des berbérophones marocains, non seulement d’apprendre à lire et à écrire leur langue, mais aussi de prendre conscience de leur identité. Parallèlement, l’enseignement du berbère a progressé sous l’impulsion irrésistible d’associations et de la vocation pédagogique de ces nombreuses publications et périodiques, permettant notamment l’alphabétisation des berbérophones, et l’accès au savoir. En outre, des institutions telles l’Education nationale, le ministère de la Culture, le ministère des Affaires sociales et de la Cohésion nationale, les municipalités et les régions sont devenus de réels partenaires culturels des associations berbères, dont les membres dirigeants sont, de plus en plus, des citoyens parfaitement intégrés à la société française.
Le domaine universitaire a aussi joué son rôle. Après la chaire de berbère de l’Ecole des Langues Orientales créée en 1913, c’est au tour des cours de langue et de civilisation berbères à l’Université de Paris-VIII à Vincennes d’être ouverts en 1973, à l’initiative d’un noyau d’intellectuels kabyles : le Groupe d’études berbères. En 1982, outre les cadres universitaires classiques tels que les Langues’O, déjà citées, ou l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, ou encore la Maison des Sciences de l’Homme, pas moins d’une douzaine de cours fonctionnent en région parisienne, sous la responsabilité partagée d’enseignants ayant reçu une formation universitaire, d’associations culturelles déclarées et de maisons de la culture ou municipalités. Les demandes d’enseignement du berbère ne cessent de croître dans l’enseignement secondaire, entraînant la création en 1983 d’un stage annuel de “formation de formateurs”.
Toutes ces initiatives se sont multipliées par la suite et un grand nombre d’associations ont vu le jour en province. L’épreuve facultative de berbère au baccalauréat est l’indicateur de la vivacité de ce développement. L’année dernière, plus de deux mille candidats l’ont présentée à Paris et en région parisienne et en province. Ce qui a attiré positivement l’attention des pouvoirs publics[45].
Au Maghreb et dans les pays du Sahel
A partir de l’année 1956 (année symbole de la décolonisation), le berbère a commencé à être occulté dans les pays du Maghreb, priorité étant donnée dans les nations respectives à la promotion de la langue arabe – marginalisée à l’époque coloniale – et au recouvrement de « l’identité nationale ». Au cours des années 60, le berbère n’était pas pris en charge institutionnellement, hormis quelques heures programmes quotidiens de kabyle à la radio d’Alger et dans les trois dialectes berbères marocains (chleuh, tamazight, riffain) à la radio de Rabat. Il existait aussi, à l’Université d’Alger, une chaire de langue dont le titulaire était l’écrivain Mouloud Mammeri et qui fonctionnait de 1962 à 1974. L’année de sa suspension correspondait à l’année de la refonte générale de l’enseignement supérieur en Algérie (réformes Benyahia).
Malgré ces conditions défavorables, il s’est opéré à partir 1973 sur le terrain de « la résistance culturelle » un renouveau inattendu. Commençons par l’Algérie. Dans ce pays du Maghreb, la revendication est allée de pair avec la production culturelle. Mais l’attitude autoritaire et répressive du régime en place va donner lieu à des affrontements[46]. Comme, par exemple, ce qu’on a appelé le “printemps berbère” de 1980 a, d’une manière brutale mais sûre, porté sur la scène publique un problème culturel jusque là largement occulté. Jusqu’aux années 80, même les sciences sociales académiques tant françaises qu’anglo-saxonnes considéraient que le paramètre berbère dans le devenir des sociétés nord-africaines ne pouvait plus jouer de rôle spécifique, ce que les faits ont largement démenti. L’émergence du fait berbère à la face du monde résultait d’un long processus de maturation qui a traversé la Kabylie et les populations kabyles expatriées (principalement en France), dont il est tout à fait possible d’identifier les conditions et déterminations, les principaux moments et les acteurs : le traumatisme ayant suivi les deux premières années de l’indépendance ; un travail intellectuel et militant berbère ; le relais de la chanson engagée ; une base sociale élargie ; enfin, un travail culturel plus à la hauteur des défis.
Le “printemps berbère” aura permis à ce lent travail de maturation et de consolidation de la conscience berbère de se manifester au grand jour et la décennie 1980 aura été marquée par un tournant tactique : création de deux départements de langue et culture berbères dans l’Université algérienne (1990 : Tizi-Ouzou ; 1991 : Béjaïa). Plus récemment encore, la présidence de l’Etat algérien a adopté un décret portant création du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA) proposant “la réhabilitation et la promotion de l’amazighité”. Ce décret datant du 28 mai 1995 prescrit “l’introduction de la langue amazighe dans les systèmes de l’enseignement et de la communication.”
Le royaume chérifien, à son tour, après avoir permis depuis 1980 l’Université d’Eté d’Agadir autour des langues et cultures populaires, envisage de prendre des mesures allant dans le même sens, mettant fin à la marginalisation et l’amnésie envers le passé, l’histoire et la culture de l’Afrique du Nord.
Des pays francophones du Sahel, comme le Mali et le Niger, ont reconnu le berbère dans sa variété touarègue (le tamasheq) parmi leurs langues nationales. La Conférence de Bamako (1966), sous les auspices de l’UNESCO, a permis une homogénéisation relative de l’alphabet et de la notation du tamasheq.
Même si le berbère n’est enseigné dans aucune des Facultés des Lettres marocaines, des travaux (mémoire de licence) se sont multipliés de façon considérable. Que ce soit en linguistique, en littérature, en sociologie ou en histoire sociale. Des travaux académiques se publient à tour de bras dans plusieurs bulletins universitaires, comme la Revue de la Faculté des Lettres de Rabat, ou bien la Revue de la Faculté des Lettres de Fès ou encore Hesperis-Tamuda, etc.
Après les mémoires de licence, les articles et les communications diverses, ce sont les travaux de thèse qui sont soutenus de façon régulière, par des étudiants en provenance du Maroc ou d’Algérie, à partir de 1973 (à Paris, Aix-en-Provence, Londres, etc.) puis, à partir des années 80, dans des Facultés marocaines. Au Maroc, on commençait même à parler d’un projet d’Institut de langue Tamazight.
L’idée d’un « Institut pour la sauvegarde de la langue berbère »[47] a fait son chemin, au moins, depuis 1979. Des promesses ont été faites quasi officiellement en faveur de l’ouverture de ce type d’établissement, chargé de la recherche berbérisante, de l’aménagement linguistique et des questions pédagogiques. Il est proposé aussi la création de chaires de berbère dans les principales Facultés des Lettres. Une fois les ressources, à la fois techniques, matérielles et humaines, sont devenues au fur et mesure disponibles un peu partout, le berbère serait progressivement intégré dans le système éducatif.
Nous n’insistons pas sur l’aspect sociologique de la question : comme on peut l’imaginer, tout cela ne s’est pas passé sans heurts aussi bien au Maghreb qu’ailleurs, mais l’essentiel est que des évolutions positives ont eu lieu et des acquis significatifs sont devenus réalité.
Pour revenir dans le cas du Maroc, l’idée d’un « Institut berbère » s’est concrétisée, par la suite, par la création d’un Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), en vertu du Dahir promulgué le 17 octobre 2001. C’est une institution publique dotée de la mission de contribution à la préservation et la promotion de la culture berbère, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’information et de la vie publique en général à l’échelle du territoire marocain[48]. Les domaines considérés comme prioritaires sont l’éducation et l’audiovisuel. Dans le domaine de l’éducation, l’IRCAM, en collaboration avec le ministère de l’Education nationale élabore les curricula, confectionne les supports pédagogiques (sur papier et sur cd multimédia) et contribue à la formation des enseignants. Dans le domaine de l’audiovisuel, il prépare en collaboration avec le ministère de la Communication les conditions de l’insertion du berbère dans le paysage médiatique.
Aujourd’hui, en 2005, le berbère est introduit dans le système éducatif au Maroc et en Algérie[49].
Les études berbères en France et dans d’autres pays
Les études françaises en matière du berbère ont été favorisées, on vient de le voir, par le contexte des études orientalistes à partir de la fin du XVIIIe siècle. Avant la décolonisation, elles avaient pour pôles principaux Paris, Alger et Rabat. A partir des années soixante, on assiste à un certain déclin de ces études, stigmatisées par le climat idéologico-politique d’alors. Comme il a été dit plus haut, ce n’est qu’à partir du début des années 70 que l’on voit émerger une activité berbérisante de plus en plus confirmée, avec la publication d’ouvrages fondamentaux et la soutenance de nombreuses thèses universitaires, phénomène devenu croissant depuis 1980. Hors de France, le berbère va de pair avec l’internationalisation et la diversification des cadres de la recherche.
Avec l’introduction des théories linguistiques et anthropologiques venues d’outre-Atlantique, l’université française tend à perdre l’exclusivité dans ce domaine, sous la pression conjuguée des disciplines scientifiques de pointe et des courants internationaux de la recherche. De fait, les recherches concernées ont tendance à être de plus en plus maghrébines et les soutenances de mémoires et de thèses se multiplient, notamment sur la langue et autres branches des sciences humaines relatives au domaine berbère. Ces pôles d’enseignement se dessinent aux Pays-Bas (Leyde, Tilburg, Utrecht), en Allemagne (Francfort, Berlin) et en Amérique du Nord. Malgré cette internationalisation et la perte de l’exclusivité française en matière berbère, c’est à Paris que quantativement les ouvrages majeurs de l’activité scientifique berbérisante sont publiés, et à l’Université française ont vu le jour des travaux, pour beaucoup, excellents.
Le renouvellement des matériaux s’est accéléré et une grande majorité des ouvrages de linguistique ou de littérature berbères ont pour auteurs des Maghrébins ou des Français d’origine berbère. Témoins les deux périodiques berbérisants publiés en France : Etudes et Documents Berbères (MSH Paris Nord) et Awal (CERAM, MSH). Des non-berbérophones aussi apportent dans le domaine une contribution qui mériterait d’être saluée.
Dans les pays du Sud, depuis ces dernières années, on voit apparaître des travaux académiques de plus en plus nombreux et des revues de départements universitaires qui confirment la qualité de leur contenu (Rabat, Fès, Tizi-Ouzou, Alger, Oran, etc.).
Le contexte, en dépit quelques difficultés, a été partout propice à la production de travaux scientifiques, aussi bien par des chercheurs confirmés que par des amateurs éclairés. Il a été pourvoyeur aussi de corpus littéraires dus à des créateurs ou à des collecteurs. Il est évident que cette masse de documents écrits, mais aussi sonores et audiovisuels, ne demande qu’à être numérisée, archivée, valorisée et être accessible au plus grand nombre.
II. LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE BERBERE
La Bibliothèque numérique berbère ou Bibliothèque virtuelle berbère est un projet des sciences humaines pour le domaine berbère validé et financé en 2000 et en 2001 respectivement par le ministère français de la Recherche (Direction de la Technologie) et le ministère des Affaires étrangères (Bureau des Nouvelles technologies de l'information et de la communication). Et depuis que la revue ci-nommée s’est insérée, avec le Projet multimédia berbère (http://www.berberemultimedia.fr), au sein de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord au cours au premier trimestre 2003 (projet validé par le Conseil scientifique en octobre 2003), l’établissement lui fournit une aide logistique. De plus, la Bibliothèque virtuelle a eu la reconnaissance du ministère de la Culture et de la Communication (DGLLF, Délégation générale à la langue française et aux langues de France) et du FASILD (Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations) en obtenant un concours, certes modeste mais appréciable, pour le démarrage de ce programme.
Le but du projet
Ce programme pluriannuel a pour objectif de développer un espace et établir un inventaire des ressources (textes, sons, images) dans le domaine berbère, de créer un centre de documentation en ligne, un fonds d’archives publiques ou privées. Il a la volonté de s’inscrire dans le cadre des technologies culturelles et éducatives[50]. C’est en effet dans ce contexte, que la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord s’engage et s’implique activement en partenariat avec l’association « la Boîte à documents », porteur du projet, qui est une maison d’édition dirigée par l’un d’entre nous (O. O.-B.), et cette œuvre a pour objectif de réaliser des programmes éditoriaux dans le secteur des Lettres et des Sciences Humaines.
Le but du projet est de répondre à la demande berbérisante. Le public visé est assez large, il comprend les chercheurs, les étudiants, les universités et les instituts, les centres de recherche, et il sera ouvert évidemment à toute personne ou organisme qui s’intéresse de près ou de loin à la langue et la culture berbères. La bibliothèque virtuelle berbère repose sur deux ensembles : un patrimoine de ressources numériques référentiellement, structurellement et sémantiquement balisé d'une part, une base de données terminologiques multilingues (un dictionnaire électronique berbère) réorganisé éventuellement dans une ontologie électronique berbère qui sert de référence commune pour normaliser et définir en consensus la sémantique berbère entre les différents pôles patrimoines et la diversité des chercheurs contributeurs.
Les normes et standards adéquats ont été évalués pour être appliqués dans le projet, et le comité de pilotage travaille en liaison étroite avec le LORIA (Laboratoire LOrrain de Recherche en Informatique et Automatique ; lié à l’INRIA), le groupe Sem@tice[51] et le thème 4 de la MSH Paris Nord notamment le projet Fabula Meda mais aussi l’action pilote de dépôt national des thèses sous protocole Cyberthèses (nous y reviendrons).
La bibliothèque virtuelle, qui est un concept technologique en émergence, doit prendre en compte la nécessité de faire des choix technologiques conséquents dans le cadre des normes internationales propres au domaine. En outre, il convient de faire préalablement un état des lieux du patrimoine culturel et scientifique berbère : il est original certes, mais il se trouve dispersé entre de nombreux pays. La méconnaissance par le plus grand nombre de la culture berbère est due au fait que ce patrimoine est mal inventorié et tout reste à faire. Que ce soient la langue, les productions culturelles et les pratiques, ou encore les écritures (trois systèmes identifiés : tifinagh, arabe, latin) sont mal connues du plus grand nombre. Le cas du tifinagh, première écriture berbère, est significatif à cet égard. Il est longtemps resté ignoré de la normalisation universelle du codage informatique des caractères typographiques[52] et ce n’est que très récemment, grâce à l’IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe, Maroc) que la codification informatique de l’écriture berbère a été reconnue à l’ISO.
Depuis peu, on signale que quelques chercheurs, issus d’écoles d’ingénieurs, qui portent un intérêt accru aux différents types d’écriture susceptibles de noter le berbère. Il y a un retard évident, qui reste à rattraper, dans le domaine berbère et il est induit par le fait que la culture berbère est très longtemps restée à l’écart des circuits de la communication moderne.
L’état du patrimoine
Sur le patrimoine culturel et scientifique berbère (et sur le berbère), on ne peut manquer d’en souligner l’originalité. Mais comme on peut s’y attendre, il est dispersé et en déficit important au point de vue de l’aménagement techno-linguistique. Que ce soient la langue, les productions culturelles et les pratiques, ou encore les écritures (trois systèmes identifiés : tifinagh, arabe, latin)[53] sont mal connues du plus grand nombre. Témoin le cas du tifinagh, première écriture berbère, qui est resté ignoré de la normalisation universelle du codage informatique des caractères typographiques et ce n’est que très récemment, grâce à l’IRCAM que la codification informatique de l’écriture berbère a été reconnue à l’ISO. Jusqu’à cette date, le tifinagh n’était pas normalisé dans le standard Unicode et la norme ISO/IEC 10646 qui pourtant codifient numériquement la quasi totalité des écritures du monde moderne et celles révélées par l’épigraphie.
Chacun sait que la culture berbère, dans ses différentes variétés, est une culture de tradition orale, malgré la présence parallèle de traditions scripturaires multiples[54]. Qu’il s’agisse des antiques inscriptions en libyque (et dans d’autres langues et d’autres graphies) ou des écrits berbères d’expression arabe et, depuis au moins un siècle, d’expression française. Tout ce patrimoine écrit ne remet pas en cause le fait que les littératures berbères sont ancrées dans l’oralité. Notons en passant que cette oralité va ouvrir dans un avenir très proche des chantiers de recherche fructueux notamment dans des corpus oraux.
Pour revenir au vif du sujet, la période la plus intense au plan des ressources est celle qui va XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. C’est au cours de cette période, celle de la modernité, qu’a émergé en Europe une linguistique relative à la langue berbère et qui continue son bonhomme de chemin sur le terrain universitaire. Aujourd’hui la bibliographie scientifique de la seule linguistique berbère compterait plusieurs milliers de références[55]. C’est dire la quantité des travaux dans le secteur Sciences de l’Homme et de la Société dans le domaine est considérable.
Actuellement il y a comme un effet d’accélération, car on produit des travaux berbérisants, académiques ou non, qui sont de plus en plus nombreux et dans les quatre coins de la planète. On signale aussi des créations (écrites, sonores et audiovisuelles) dans différentes variétés du berbère.
Cela étant, dans l’état actuel de la recherche dans ce domaine particulier, l’information scientifique quand elle existe circule difficilement. Certes, on ne peut pas nier les progrès accomplis ces dernières décennies, mais cela reste insuffisant, car les chercheurs en culture ou en linguistique berbère ne pouvaient consulter qu’une partie des publications qui sont très éparpillées à travers le monde. Ce qui est plus dommageable encore pour la recherche berbérisante, c’est qu’il n’y a pas de centre de documentation qui centralise toutes les résultats scientifiques qui touchent à la langue et à la civilisation. Il existe des centres de recherches et des chercheurs institutionnels en exercice qui se retrouvent dans plusieurs pays du monde, mais pour la coordination et les lieux d’échange scientifique il y aurait beaucoup à faire.
Est-il vraiment possible (et surtout souhaitable), de rassembler toute la documentation berbère ainsi dispersée aux plans géographique et institutionnel ? Aucun pôle de recherche aussi important et prestigieux soit-il ne peut prétendre à l’exhaustivité et à la multidisciplinarité.
L’importance des fonds et des centres de recherche et d’enseignement berbères est primordiale, car sans eux il est inconcevable de parler d’une telle entreprise. L’unique voie pour dépasser des insuffisances inévitables consiste précisément à créer une synergie de la recherche berbère en réseau que rendra possible la Bibliothèque numérique berbère. Un partenariat avec tous ces organismes, n’est pas seulement bénéfique et enrichissant, il est indispensable pour réussir cette vaste entreprise.
Actions collaboratives
Depuis deux années l’équipe projet « Bibliothèque virtuelle » collabore avec le thème 4 / axe 1 (« Esthétiques, arts et industries ») et notamment le projet Fabula Meda mais aussi l’action pilote de dépôt national des thèses sous protocole Cyberthèses et le Centre de Documentation de la MSH Paris Nord (Responsable : Gabriel Popovici). La collaboration est également effective avec l’AUF (Agence universitaire de la Francophonie) et le groupe Sém@tice, un groupe de recherche francophone qui porte un intérêt à des domaines stratégiques comme le multilinguisme et l’ingénierie linguistique, la normalisation, l’enseignement à distance, et l’e-sémantique.
Parmi les actions collaboratives de l’équipe berbère de la MSH Paris Nord avec d’autres institutions, la codification de l’écriture Tifinaghe a occupé une place de premier choix. Notre partenaire a été l’IRCAM de Rabat, dont le Centre des études informatiques et des systèmes d’information et de communication (CEISIC), de l’IRCAM de Rabat, a organisé un colloque sur les écritures (23-25 septembre 2004)[56] et deux normes nouvelles. Il s’agit :
· De la norme de clavier tifinaghe.
· De la norme du classement de chaînes de caractères selon les alphabets tifinaghe, latin et arabe.
Grâce à Patrick Andries, expert UNICODE, le dossier qui traînait pendant plus de 6 ans à l’ISO 10646 a pu être sérieusement examiné. La décision marocaine et le long travail effectué par l’IRCAM et par d’autres ici en France, qui ont fait un précieux travail de sensibilisation (Jacques André de l’INRIA ; Henri Hudrisier, Paris 8 et MSH Paris Nord ; Ouahmi Ould-Braham, MSH Paris Nord) ont grandement pesé auprès des instances internationales de normalisation. A cette occasion l’IRCAM, par son directeur, Lahbib Zenkouar, a joué un rôle qu’on peut qualifier d’historique[57]. L’inclusion du Tifinagh dans Unicode permettra d’échanger des documents tifinaghs entre n’importe quels logiciels et plateformes conformes à Unicode. Cela donnera la possibilité de l’utiliser dans toute une gamme d’outils modernes allant de Microsoft Word à Google[58].
Pour de nombreuses raisons, le tifinagh a été jusqu’il y a très peu de temps absent du chantier mondial de codification universel des caractères[59]. On doit saluer l’initiative remarquable du Maroc, et plus précisément de l’IRCAM[60] qui a servi de support institutionnel pour la reconnaissance internationale de l’écriture tifinaghe qui a été soumis à l’ISO et accepté à l’unanimité lors de sa réunion à Markam (Ontario /Canada). Le tifinagh est maintenant en situation de devenir partie constituante du BMP (Basic Multilingual Plane, le Plan Multilingue de Base[61]). Dès lors un document écrit en tifinagh peut être directement intégré dans des documents XML (qui sont implicitement codés en Unicode).
Cette reconnaissance officielle de l’écriture tifinagh est un progrès indispensable pour pouvoir échanger des documents en tifinagh sur le Web et plus tard le Web sémantique cependant, pour que ce progrès débouche réellement sur des applications concrètes, l’écriture tifinagh devrait pouvoir disposer d’un contexte d’ingénierie linguistique disponible dans la plupart des langues et écritures du monde mais dramatiquement absent pour le tifinagh. De ce fait, la responsabilité pour qu’il existe une diffusion réellement moderne de la culture berbère en tifinagh incombe aujourd’hui aux informaticiens, aux informaticiens-linguistes, aux documentalistes, aux muséographes, aux spécialistes de l’enseignement à distance qui s’engageront résolument dans les années qui viennent pour mettre en place des outils informatiques en tifinagh qui aujourd’hui n’existent qu’à un niveau superficiel, en dehors de toutes les normes permettant la diffusion en réseau notamment Internet.
Nous espérons que l’équipe « Projet » de la Bibliothèque virtuelle de la MSH Paris Nord sera l’un des fédérateurs pour ces nouveaux chantiers. Cette équipe dispose à la fois d’une revue berbérisante et d’un site Web.
La revue Etudes et documents berbères (EDB) propose des études sur la langue et les littératures berbères. Elle s'inscrit dans un projet plus large d’archivage et de numérisation des patrimoines écrits et audiovisuels berbères. Elle est localisée à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord. Parce qu'elle porte sur tous les aspects (linguistiques, esthétiques, économiques...) d'une culture particulière, et parce qu'elle va de pair avec un projet de bibliothèque virtuelle, la revue accueille aussi en son sein des études orientées vers des TIC[62].
Autre outil (média) pour faire connaître la culture scientifique berbère est le site Internet « berberemultimedia.fr ». L’objectif de l’évaluation qui en a été faite est d’opérer une analyse approfondie de ce site qui permette de prendre la mesure de son adéquation avec les objectifs annoncés et les attentes des utilisateurs ciblés.Ce site est hébergé par le SFRS (Service du Film de Recherche Scientifique), devenu CERIMES (Centre de Ressources et d'Information sur les multimédias pour l'Enseignement Supérieur), dépendant à la fois du CNDP. (Centre National de Documentation Pédagogique) et du ministère de l’Education nationale. Le site a été remis à jour et entièrement « relooké » en octobre 2004. Le référencement du site Internet a délibérément été limité puisqu’il s’agit, pour l’heure, d’un prototype dont la consultation doit rester confidentielle, la plupart de ses contenus étant actuellement en cours de réalisation et d’enrichissement.
La bibliothèque virtuelle, qui est par excellence un concept technologique en émergence, suppose que l’équipe projet devra non seulement numériser et mettre en ligne un patrimoine culturel et scientifique mais qu’elle devra du même coup faire des choix technologiques conséquents. Comme par exemple, participer à des développements logiciels adéquats qui garantiraient la préservation et la pérennité du patrimoine numérique en gestion.
III. OPPORTUNITES TECHNOLOGIQUES
Les opportunités technologiques existent : un système technique de l’information tourné vers le futur Web sémantique et favorable aux bibliothèques virtuelles. Un système de l’informatique émergeant, qui est celui des réseaux, de la convergence multimédia, du multilinguisme, de l’information numérique structurée, balisée sémantiquement et normalisée. Ce système technique de l’information s’appliquera notamment dans le Web sémantique.
Il se décline en plusieurs paradigmes :
a) la numérisation des documents ;
b) le balisage référentiel, structurel et sémantique ;
c) un aperçu sur les méthodes en terminologie normalisée et outils de travail collégiaux pour l’élaboration de consensus techno-conceptuels ;
d) la faisabilité : Sem@tice et les études berbères.
a) La numérisation des documents
Devant l’énormité de la tâche que représente la mise en ligne d’un fonds de bibliothèque numérique ou virtuelle la question des choix de numérisation s’impose. Suivant l’originalité du projet, ce sera la quasi-totalité du fonds ou au contraire quelques documents complémentaires qu’il faudra saisir. Dans tous les cas la constitution d’un fonds numérique est une tâche difficile et coûteuse mais qui constitue un préalable indispensable au projet.
Autre aspect du problème, la numérisation a évolué en ce sens que l’on intègre de plus en plus les tâches de description sous forme de métadonnées, à la saisie du fichier numérique fac-similé de l’original contrairement aux habitudes anciennes ou la numérisation du document était une tâche nettement séparée de son traitement référentiel. Cette évolution technique liée à une nouvelle nécessité d’organisation des tâches est emblématique du lien de cohérence entre un nouveau paradigme technique et la culture technique des professionnels de la recherche et des bibliothécaires. La bibliothèque virtuelle ne se généralisera progressivement qu’autant que les usagers et les bibliothécaires s’approprieront la technoculture numérique.
La numérisation consiste à transformer l’image papier ou tout autre type de support traditionnel de documents, en image électronique. D’autres supports qui sont aussi concernés : les microformes, les photographies, les enregistrements vidéo et audio, les films. Plusieurs choix s’offrent à nous :
Le premier est le mode image. Il permet de produire une photographie de chaque page de document. Le résultat obtenu est une copie du document en fac-similé électronique. Si scanner une image est une technique de numérisation simple et peu coûteuse elle présente pour ce qui concerne les textes, un certain nombre d’inconvénients, compensés par certains avantages:
Le second choix est la numérisation texte, appelée OCR (Optical Character Recognition). Elle consiste à générer un fichier texte à partir de la page imprimée (voire à partir d’un manuscrit lorsque l’écriture est particulièrement régulière et opportunément dans le cas du tifinagh lorsque les caractères ne sont pas liés). Ce mode de numérisation ne se justifie que sur des volumes importants car il est long et coûteux à mettre au point (à l’exception des textes imprimés en écriture latine pour laquelle les techniques sont maintenant bien rodées). L’avantage par rapport à l’option précédente c’est que l’on génère un fichier texte. On peut aussi insérer des outils de navigation hypertextuelle permettant des déplacements rapides dans le corpus et autorisant la recherche en plein texte.
Notons que nombre de logiciels d’OCR ne restituent pas la présentation générale du document. Ainsi les deux modes sont souvent complémentaires, ce qui facilite parfois la tâche aux chercheurs qui ont à la fois besoin de naviguer et de trier électroniquement les textes, mais qui doivent aussi recourir aux originaux (ou à leur fac-similés) pour avoir accès à la réalité graphique des documents.
Le troisième et dernier choix est la saisie manuelle. Une option possible pour ce qui est du projet berbère reste la saisie manuelle des textes. Dans de pareils projets l’expérimentation non dogmatique et le recours correctement encadré à toutes les techniques est plus efficace que l’entêtement sur une technique et une seule. On voit bien que le corpus berbère est extrêmement hétérogène : certains fonds importants en écriture latine pourraient sans doute être saisis assez économiquement par l’OCR. Mais la relecture des textes peut s’avérer délicate car une telle saisie réalisée en milieu industriel nécessiterait la présence en permanence d’un berbèrisant. Par contre, une saisie image permettrait grâce au réseau, de distribuer des lots de ces fonds entre plusieurs experts (au Maghreb ou ailleurs) ; ces experts contributeurs mettraient chacun en œuvre leur outil d’OCR disponible sur leur poste de travail, ce qui permettrait de disposer en retour de corpus parallèles (mode image et mode texte) scientifiquement contrôlés. Cette option de saisie répartie offre de nombreux avantages et notamment elle permet d’amorcer une dynamique de collaboration entre les différents pôles d’une bibliothèque virtuelle en créant ainsi, dès le début du projet une synergie de recherche dans une communauté qui se sent solidairement responsable de son fonds et de ses modes de traitement technique et de conceptualisation.
En tout état de cause l’équipe projet n’échappera pas à la saisie d’une certaine masse critique de documents permettant d’amorcer la première phase pilote. La saisie manuelle est sans aucun doute la bonne méthode pour cette première étape.
b) Le balisage référentiel, structurel et sémantique
Le concept même de « bibliothèque virtuelle » est né du constat que l’information numérisée était évidemment de nature fondamentalement différente de l’information imprimée[63] qui la précède. Des études comme « L’étude d’impact des technologies de l’information sur le projet de la Très Grande Bibliothèque (TGB, ancienne dénomination de la BNF)[64] », ont analysé le fait d’évidence que l’information numérique délivrée par un ordinateur est potentiellement beaucoup plus riche que la même information délivrée sous forme d’imprimés, mais qu’en revanche, les capacités de repérages matériels étaient fondamentalement bouleversées.
On doit en effet constater que comme le remarque Jack Goody, le progrès dans l’intelligence de l’énoncé qu’apporte l’écriture tient beaucoup à la capacité d’appréhension globale et graphique du texte dans l’espace de la page. Cette valeur ajoutée qu’apporte l’image du texte tient beaucoup à la faculté que nous avons ensuite à nous repérer : pour « com-prendre », littéralement « prendre avec » et « inter-ligere », (littéralement : « lire entre » qui donne intelligence), croiser des lectures et non plus seulement appréhender linéairement le fil du discours écrit. L’outil indispensable de cette « raison graphique[65] », c’est la mise en page, la structuration signifiante du texte : son balisage.
Malheureusement les premières tentatives pour numériser le texte ont globalement négligé, par ignorance et par manque d’outils adaptés, l’intelligence structurelle du texte écrit.
Quand nous lisons un livre, nous ne lisons pas à la suite : « un début de phrase en bas de page de gauche ; les deux notes en bas de la page, précédées de leur numéros d’appel ; le titre du chapitre courant situé en haut de la page de droite ; le numéro de la page ; pour terminer ensuite la fin de la phrase commencée en bas de la page précédente ». Nous n’agissons pas ainsi parce que nous partageons tous, comme lecteur, une culture plusieurs fois centenaire de l’édition qui nous a transmis les codes et les normes de la sémantique de la mise en page.
On comprendra de ce fait qu’une bibliothèque virtuelle devrait au minimum restituer au lecteur l’équivalent des facilités d’intelligence graphique du texte, ce qui est difficile du fait que la lecture à l’écran nous ramène grosso modo à la situation de lecture d’un volumen. Un des enjeux des technologies de l’information structurée et balisée consiste précisément à récupérer cette sémantique structurelle du document, et à la redéployer dans la nouvelle culture de la lecture électronique en lui donnant si possible une valeur ajoutée par rapport à l’information imprimée.
De nombreux historiens du livre se sont penchés sur la question de l’histoire du livre qu’il serait trop long de résumer ici[66]. Cela a commencé avec le volumen (le livre en rouleau) qui passe ensuite au codex (suite de pages manuscrites ou imprimées reliées en cahier) qui apparaît dans l’Antiquité au 1er siècle après J.-C., mais dont la standardisation remonte globalement à la Renaissance dans la vague de modernisation qui fut la conséquence de l’innovation de l’imprimerie. La conséquence principale du passage du volumen au codex c’est que ce dernier permet enfin de feuilleter le livre de façon interactive (par opposition à une lecture obligatoirement plus séquentielle), il permet aussi d’innover en proposant une table des matières et une page de titre. Quand on examine un Coran, une Bible ou une Thora, ce sont des textes découpés en livres et sourates (ou versets) qui ont le balisage inséré et faisant partie du texte lui-même. Dans un livre moderne il ne viendrait à l’idée de personne de noter aussi explicitement les numéros de chapitres et sous chapitres (livres, versets et sourate) dans la continuité du texte lui-même. Cela tient précisément à ce que le codex a permis de rassembler ces informations de balisage ou séquençage du texte dans une table des matières à laquelle on pouvait dès lors se référer en permanence d’un seul coup d’œil pour repérer la place relative de la rubrique dans la continuité des autres rubriques elles-mêmes organisées en chapitres et sous-chapitres. Etrangement, les supports d’information comme le film ou le son enregistré en bobine, nous replongeaient dans cette même difficulté de consultation dans la continuité séquentielle.
C’est précisément cette question du balisage référentiel, structurel et sémantique qui est au cœur de l’innovation apportée dans les années 60s par les langages informatiques de balisages (en anglais Markup Languages